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24 juin, 2008

Chili, des photos, des légendes...(17)

Santiago


J’ai choisi d’évoquer la capitale chilienne par le biais d’un petit reportage photo en noir en blanc réalisé le dimanche 10 décembre 1989 aux environs de 11h du matin. Il me semble nécessaire de donner ces précisions car ce moment était historique non seulement pour Santiago mais pour tout le Chili. Ce jour-là, dans le parc O’ Higgins, se tenait le discours de clôture de la campagne électorale de Patricio Aylwin, le candidat démocrate chrétien pour les présidentielles qui allaient se tenir quatre jours plus tard. Les premières élections « autorisées » par le dictateur Augusto Pinochet depuis sa prise de pouvoir en septembre 73. Patricio Aylwin, proclamé candidat de la concertation était alors à la tête d’une formation quelque peu hétéroclite puisqu’elle englobait pas moins de 17 partis, mouvements syndicaux et groupes de pression parfois fort éloignés l’un de l’autre sur le plan idéologique. Mais, communistes, démocrates-chrétiens et même libéraux « modérés », conscients de l’impérieuse nécessité de mettre en veilleuse leurs vieilles dissensions ne formaient plus pour la circonstance qu’un seul et unique front cohérent face au pouvoir dictatorial en place. Quatre jours plus tard, les résultats allaient d’ailleurs être sans appel puisque Aylwin allait remporter les élections avec 55,2% des voix face au candidat Büchi de l’UDI (soutenu par Pinochet) avec 29,4% et 15,4% pour le candidat Errazuriz. Un candidat indépendant se proclamant de Centre – Centre appartenant à l’une des plus vieilles et riches familles du pays, propriétaire d’une quantité invraisemblable d’entreprises et de mines. La victoire de Patricio Aylwin n’allait certes pas changer radicalement la vie du Chilien sur le plan économique ou social, d’autant que Pinochet avait pris soin de nommer pour de nombreuses années encore ses sbires à des postes clés, notamment dans la magistrature et l’armée, mais en tous cas, cette élection allait ouvrir une brèche symbolique et permettre à la démocratie de repointer le bout du nez. Et ça, c’est ce que l’on pouvait ressentir ce dimanche 10 décembre dans ce parc O’ Higgins où près d’un million de personnes s’était donné rendez-vous pour une fête géante, émouvante et pleine d’espoir. Il m’a aussi semblé symbolique d’évoquer ce morceau d’histoire du Chili aujourd’hui puisque dans deux jours, ce 26 juin 2008, on célébrera le centenaire
de la naissance du Président Salvador Allende.


« Travailleurs de ma Patrie, je crois au Chili et en son destin. D’autres hommes vont surpasser ce moment gris et amer en lequel la trahison prétend s’imposer. Sachez que, bien plus tôt que tard, s’ouvriront les grandes allées par lesquelles passe l’homme libre, pour construire une société meilleure. Vive le Chili ! Vive le Peuple ! Vive les travailleurs !
Voilà mes dernières paroles et j’ai la certitude que mon sacrifice ne sera pas vain. J’ai la certitude qu’au moins ce sera une leçon de morale qui punira la félonie, la couardise et la trahison »
(dernières paroles de Salvador Allende, le 11 septembre 1973)

31 octobre, 2006

Cordillère 2006 -De part et d'autre...- (épisode 10 -fin-)



Samedi 29 juillet

Une fois encore, nous consacrons une de ces dernières journées du voyage à la flânerie dans Santiago. Bien qu’il s’agisse de notre 5e séjour au Chili , et en particulier dans sa capitale, nous ne cessons à chaque passage d’en découvrir de nouveaux aspects, de nouveaux quartiers, de nouvelles ambiances. Aujourd’hui, c’est dans le quartier Recoletta, sur la rive droite du Mapocho, que nos pas nous ont guidé. C’est un quartier vivant où pratiquement chaque maison est dédiée au commerce. Des commerces se consacrant pour la plupart à la confection, à la vente de vêtements et de tissus. La plupart de ces établissements sont tenus par des familles asiatiques.

Il fait beau ce matin. L’air est frais, le ciel parfaitement dégagé et les sommets enneigés alentours semblent à portée de main.



(santiago, 29 juillet, 8 heures du matin)

Plus tard, nous ferons un petit crochet vers la place Baquedaño, où Pablo s’entraînera encore un moment avec son skate et croisera par ailleurs quelques « confrères » avec qui il échangera quelques mots.

L’après-midi, sera consacrée à une visite que nous rendrons à notre ami Antonio, à l’autre bout de la ville, dans le quartier de « Las Rejas » . Il me semble qu’il y a au moins dix stations de métro entre le quartier où nous logeons (Providencia) et celui où vit notre camarade que nous n’avons plus vu depuis notre dernier voyage il y a quatre ans.
Il n’ y a rien de changé dans sa petite maison de plein pied de la rue Geminis où il vit toujours avec sa compagne Elena et ses deux enfants.
Nous passerons une paire d’heures à discuter de l’actualité chilienne.



(Santiago, monument salvador allende, plaza de la moneda et publicité pour l'école de sous-officiers)

Notre ami ne semble guère optimiste quant à une amélioration prochaine de la situation socio-économique de son pays où la qualité de l’éducation ou des soins de santé est en constante régression. Il doute aussi que l’actuelle présidente, la socialiste Michelle Bachelet, soit en mesure de redresser la barre au cours d’un mandat dont la durée ne dépasse guère quatre ans. Toujours selon Antonio, Michelle Bachelet, et son gouvernement sont en train de subir aujourd’hui les conséquences désastreuses des gouvernements précédents.

Au cours de la conversation, Antonio évoque également la situation de son village natal, dans les environs de Valdivia, où nous avions séjourné il y a quelques années. Là-bas, les problèmes sont aujourd’hui d’ordre écologique. L’usine de pâte à papier installée non loin du village déverse en continu des substances toxiques contenant notamment du plomb dans la rivière toute proche.
Une pollution qui, non seulement, est déjà venue à bout d’une importante colonie de cygnes à col noir mais est aussi en train de compromettre l’avenir des pêcheurs de la zone. Ces derniers ont mis en œuvre des moyens de pression à l’encontre de l’usine (barrages, manifestations, etc…) mais cela reste encore fort insuffisant nous dit Antonio. Dans ce domaine, les journalistes sont peu loquaces. Les principaux groupes de presse du pays étant souvent liés à la grande finance nationale ou internationale, elle-même proche d' entreprises telles que ces fabriques de papier.



(santiago, marchandes de boules de berlin)

Dimanche 30 juillet

Matinée au Parc Bustamante, à 500 mètres à peine de notre hôtel et de la Plaza Italia où nous découvrons enfin le skate-park dont on nous avait parlé en début de séjour. Pablo s’en donne à cœur joie durant plus d’une heure. Entre temps, quatre ou cinq autres skaters sont venus le rejoindre.



(santiago, sur la plaza de armas)

En dépit de l’habituelle fraîcheur matinale, du moins en cette époque hivernale, le beau temps se maintient et nous invite à l’exploration. Notamment dans cet agréable quartier qu’est Santa Isabel. L’architecture est variée voire originale. Les maisons sont plutôt coquettes avec leur petit jardinet, la voirie est bien entretenue et des rangées d’arbres bordent l’avenue principale ainsi que les rues adjacentes. Une impression de calme se dégage des lieux et plus que jamais les montagnes aux sommets enneigés s’insinuent avec vigueur. Contraste toujours saisissant que la juxtaposition de cette Cordillère omniprésente et cette mégalopole de près de 5 millions d’habitants !

Reprendrons ensuite le chemin du parc Bustamante où nous passerons une bonne partie de l’après-midi. Une importante manifestation s’y tient. Il s’agit d’un grand rassemblement organisé par la communauté péruvienne installée au Chili. L’événement fête le 185e anniversaire de l’indépendance du Pérou. Au programme des festivités : une messe, les discours de l’ambassadeur du Pérou ainsi que ceux de quelques officiels chiliens. S’ensuit alors une succession de groupes de danseurs et de musiciens péruviens qui se produiront jusque tard dans la soirée dans une ambiance familiale. Le tout étant largement arrosé d’ Inca Cola, la fameuse boisson péruvienne aussi gazeuse qu’écœurante mais également de l’excellente Arequipeña (bière d’Arequipa)


Passons la soirée chez Christine et Juan à qui nous ferons nos adieux. C’est en effet après-demain que notre vol de retour est prévu.

Lundi 31 juillet


Journée un peu tristounette puisque consacrée aux préparatifs du retour, à la mise en ordre des sacs, aux achats de souvenirs pour la famille suivis de quelques balades peu convaincantes, notamment au Cerro San Cristobal.
Nous avions espéré apprécier une dernière fois le panorama de la ville qui s’offre depuis ce remarquable point de vue et ce, tout particulièrement au soleil couchant. Nous arrivons cependant un peu trop tard. Le taxi a mis un temps fou pour accéder au sommet de la colline en raison d’embouteillages. Lorsque nous arrivons, la lumière est déjà bien fade. Nous déambulons quelques temps sur le site toujours envahit par des nuées de familles et de touristes engloutissant hamburgers, pop-corn et barbes-à-papa rosées.



(santiago, panorama depuis le cerro san cristobal)

Regagnons l’hôtel pour notre dernière nuit à Santiago.

Lundi 1er Août


Vol de retour sans histoire, toujours à bord d’un A330 (The Flying Carpet) de la compagnie brésilienne TAM avec de nouveau une escale à Sao Paulo puis arrivée le

Mardi 2 août

A Paris- Charles de Gaule dans le courant de l’après-midi.
Il nous reste encore à attendre quelques heures le Thalys à destination de Liège, terme de ce périple de cinq semaines. Dans les allées de la gare, des militaires français avec leur imposant barda et en tenue de camouflage sont en partance pour le Moyen-Orient tandis que d’autres inspectent les quais, mitraillettes au poing.
Dans le train qui nous ramène au bercail, l’ambiance est étrange. Les passagers sont essentiellement des familles qui ont passé la journée à Euro Disney. Certains enfants arborant des tenues de princesses ou de personnages de Walt Disney chahutent tout en terminant leur big-mac dégoulinant, d’autres passent le temps en coloriant des livres d’images avec Bambi, Oncle Picsou, Donald et consorts. Les parents sont visiblement fourbus et énervés par les heures passées dans ce temple de la consommation et du kitsch érigé en norme.

Arrivée à Liège vers 20 heures.

Le frère de Marie-Hélène est venu nous attendre.
Il nous apprend que ce mois de juillet en Belgique a été exceptionnellement chaud. Il n’a plus plu depuis au moins quatre semaines.

Sur le chemin du retour…un premier orage vient à éclater. La pluie ne sera de tomber tout au long des 3 ou 4 semaines à venir !


(santiago, station centrale)

FIN

19 octobre, 2006

Cordillère 2006 -De part et d'autre...- (épisode 9)




Mercredi 26 juillet

Trajet Calama-Antofagasta à bord d’un bus de la Pullman.
Un long tronçon de désert grisâtre.
Le ciel est partiellement couvert.
Le bus prend approximativement 3 heures pour atteindre sa destination.
(antofagasta)

Antofagasta est une ville toute étroite bordée par l’Océan et limitée à l’est par d’impressionnantes dunes aux flancs desquelles s’accrochent de misérables maisonnettes.
Les rues en ce début d’après-midi sont peu animées et les commerces, pour la plupart fermés en cette heure de sieste.
Selon la technique désormais éprouvée, nous nous rendons sur la place principale (Plaza Colòn) pour y déposer armes et bagages et l’un de nous s’en va, les mains libres, à la recherche d’un logement décent.
Marie-Hélène dégotte assez rapidement un petit hôtel calle Latorre (le Dinasaquan ?).
L’endroit est propre. La chambre, quant à elle, parvient à peine à contenir un lit d’une personne et un autre de 2.
Il y a encore une télévision et un coin douche. Nous ne sommes qu’à deux pâtés de maisons du terminal Pulmann où nous devrons prendre après-demain le bus vers Santiago.
Tout cela devra convenir pour une nuit.
Partons à la découverte des environs sans grand enthousiasme, surtout après avoir consulté l’employée de l’office du tourisme local.
(antofagasta)

A la question de savoir ce qu’il est possible de visiter en une journée, celle-ci nous répond, après un long moment de réflexion, qu’ il y a bien quelques musées dans le centre et qu’actuellement, se tient une exposition d’art arabe dans le quartier. « Mis à part cela, ajoute la fonctionnaire, il reste encore la promenade le long de la digue ». « Et… y-a-t-il des restaurants en bord de mer ? s’enquiert Marie-Hélène ? » « Pas à ma connaissance, Madame, pas à ma connaissance ! ».
Nous opterons finalement pour la promenade sur la digue.
(antofagasta)

Une digue que nous n’atteindrons qu’après avoir longé des installations portuaires et des chantiers sans fin. Tout le long de l’avenue côtière s’alignent de nombreux immeubles de construction assez récente : des hôtels de luxe, des sièges d’entreprises, des buildings à appartements comportant « tout le confort moderne », comme l’indiquent les publicités placées aux fenêtres des appartements témoins.
(antofagasta,murales)

Sur la digue piétonnière déambulent calmement des promeneurs, des cyclistes et des jeunes en rollers ou en skate. L’endroit est idéal pour Pablo. C’est là qu’il s’entraînera un bon moment à la lumière d’un pâle soleil couchant.

Regagnons le centre à la nuit tombée et découvrons une grande place en forme d’amphithéâtre. Un beau et vaste marché couvert la surplombe. Pour un peu, on prendrait le bâtiment pour un opéra. Mais à l’intérieur, ceux qui s’activent sont des marchands de poissons, de viandes ou de légumes.

(antofagasta, le marché couvert)

Il y a également quelques estaminets où l’on peut se restaurer pour un prix modique. Nous choisissons l’un d’entre eux, décoré comme un musée, pour le repas du soir.
Les murs sont ornés d’anciennes photos d’Antofagasta du temps de sa splendeur. Dans un coin repose une cuisinière en fonte datant probablement de l’époque de la ruée vers le nitrate et un peu partout sont exposés des objets récupérés de bateaux de pêche : des boussoles, des cartes, des filets, des hublots, etc…

Sur le chemin du retour, nous flânerons encore un moment sur la place devenue entre-temps bien animée. Un boys-band latino baptisé « Los Amantes » susurrent des romances sirupeuses devant un parterre de collégiennes en uniforme et bas blancs.
Plus loin, un chanteur à la mise post soixante-huitarde reprend les grands classiques de Victor Jara avec sensibilité et émotion. Dans les rues adjacentes, des bonimenteurs de toutes sortes accaparent l’attention des chalands et des artisans attendent l’acheteur. Sur le sol, au milieu de la rue piétonne, un jeune homme dessinent à la craie le portrait de Mickey.

(antofagasta,kiosque à journaux)

Retour à l’hôtel.

A cet instant précis, une soirée dansante commence dans le café attenant à la pension. Salsas et cumbias tonitruantes vont s’enchaîner jusque 4 heures du matin. Nous trouvons difficilement le sommeil, même avec les boules « Quies ».

Jeudi 27 juillet

La matinée sera consacrée à la visite d’un haut lieu touristique de la région : La fameuse Portada. Située à une quinzaine de kilomètres au nord d’Antofagasta, cet îlot rocheux a, comme son nom l’indique, adopté la forme d’un gigantesque portail ouvert sur l’océan. Accessoirement, ce monument naturel se trouve aussi situé à hauteur du Tropique du Capricorne.

(antofagasta, la portada)

Nous longeons un moment la côte, véritable prolongement du désert, sans pouvoir néanmoins nous approcher du rivage. De profondes et friables falaises en empêchent l’accès. Des panneaux confirment d’ailleurs le danger en interdisant formellement la descente vers la plage. Nous resterons donc là, à distance respectable, à profiter du soleil, du bon air et à faire les fous dans les hautes dunes avec Pablo.

Après-midi « historico-culturelle » avec un parcours dans le très petit quartier historique de la ville incluant en tout et pour tout, l’ancienne douane bolivienne, l’antique gare de la FCAB (Chemin de Fer d’Antofagasta a Bolivia) et le môle, assez décrépi, d’où étaient expédiés par bateau les minerais (argent, nitrates, etc…) en provenance, notamment, de Bolivie.

(antofagasta, la vieille douane et le môle abandonné)

Tout en étant fort restreint, cet ensemble architectural est néanmoins intéressant et révélateur du passé prospère de cette cité du grand nord chilien.
En matière de prospérité, Antofagasta semble rester aujourd’hui encore le terrain de jeux privilégié de certains gros investisseurs, de sociétés multinationales et autres grands holding financiers. Au hasard des enseignes que l’on croise en chemin, on peut remarquer la présence de Caterpilar, Ing, Clear Channel, Legrand, ainsi qu’une multitude d’entreprises spécialisées dans l’ingénierie et la machinerie minière. Enfin, dans la grande banlieue, quasiment en bord de mer, s’alignent des ensembles d’habitations parfaitement emmurées (sans doute réservées aux cadres des entreprises nommées plus haut) et contrôlées par des sociétés de gardiennage. Cette impression de prospérité doit cependant être relativisée au regard de la misère dans laquelle se trouve visiblement plongée une grande partie des habitants de la ville. Ceux dont les bicoques s’accrochent désespérément aux flancs de dunes à la limite de l’effondrement.
(antofagasta)

Nous passons le reste de l’après-midi le long de la digue et prenons une collation au marché couvert.
Ce soir, un grand trajet en bus nous attend de nouveau. Direction : Santiago. Un voyage d’environ 16 heures que nous passerons cette fois dans un Pullman « Salon Cama » un peu plus coûteux que les bus traditionnels mais plus confortable avec leurs sièges plus larges et inclinables.

Vendredi 28 juillet

Arrivons à Santiago vers 12h30. Le ciel est bien dégagé, pour autant qu’il puisse l’être dans cette capitale toujours très polluée, et la température relativement agréable (15/16°), du moins si l’on compare avec les jours précédents. Santiago a en effet connu ces derniers temps une météo épouvantable ainsi que des précipitations très importantes. Dans le sud du pays, plusieurs personnes ont d’ailleurs perdu la vie dans les crues inattendues de certains cours d’eau.

(santiago, hôtel victoria simpson)

Nous nous rendons tout d’abord à l’Hôtel Casa Grande (Av. Vicuña Mc Kenna) où nous avions réservé la veille une chambre par téléphone. Dès notre arrivée, un employé de l’hôtel nous informe qu’un problème est intervenu entre-temps. Suite à l’organisation d’un congrès de médecins à l’université, toutes les chambres ont été réservées et nous ne pourront de ce fait être hébergé pour les nuits à venir. L’hôtelier trouvera néanmoins un arrangement avec un confrère de l’hôtel voisin (Hôtel Victoria Simpson, calle Almirante Simpson) où nous sommes aussitôt conduits.
Situé au fond d’une étroite venelle sans issue, le bâtiment de 2 étages avec balcon ne manque pas de charme. Du moins au rez-de-chaussée. Dans le hall d’accueil le mobilier et les boiseries sentent bon l’encaustique. Les fauteuils sont profonds, la lumière est tamisée et une musique douce baigne ces lieux au charme désuet.
Accomplissons les formalités d’entrée puis gagnons notre chambre au premier étage. Une chambre dont la fenêtre donne sur la venelle et son unique arbre chétif. Nous disposons d’un coin – toilette et d’une douche. Douche dont nous aurons une fois encore toutes les difficultés d’obtenir un jet d’une chaleur acceptable. La plomberie reste définitivement un métier d’avenir dans ce pays.



Malgré la fatigue d’un long voyage en bus, nous nous remettons aussitôt en route à travers la rue de cette capitale que nous aimons chaque fois un peu plus.

Après quelques heures de flâneries nous aboutissons en début de soirée à l’ Union. Un restaurant populaire de la calle Nueva York que notre ami Jean-Marie nous avait fait connaître il y a 4 ans. Dans cet établissement, le temps s’est arrêté depuis longtemps. Le personnel, le mobilier et la décoration ne semblent pas avoir subi de modification depuis au moins une trentaine d’années.
Il y a d’abord, dès l’entrée à gauche, ce très long bar où employés et fonctionnaires s’incrustent pour de longues heures une fois leur journée terminée. Là, la bière, la sangria et le vin coulent à flots. L’atmosphère est bruyante, joyeuse et enfumée. Plus loin, dans le fond, on trouve enfin la partie « restaurant ». Des petites tables, que l’on rapproche ou sépare au gré des affinités du moment accueillent les clients affamés.
La nourriture est simple mais consistante. Sur la carte, on peut lire, en vrac : côtelettes-frites-salade, congre-purée, pastel de choclo ou humitas, pizzas ou spaghetti. En guise d’apéritif, les flacons d’un litre de sangria semble avoir la cote. Les garçons, pour la plupart quinquagénaires, virevoltent au milieu de ce tohu-bohu en souplesse, veste blanche et flegme quasi britannique.
Au murs, de singulières reproductions de dessins représentent des chiens jouant au billard.

Retour à l’hôtel et nuit tranquille.





02 octobre, 2006

Cordillère 2006 -De part et d'autre...- (épisode 1)

Ce premier carnet évoque un voyage récent (entre le 27 juin et le 2 août 2006) dans le Nord du Chili, en Bolivie (région d'Uyuni) ainsi que dans le nord de l'Argentine (notamment dans la province de Salta). Voyage réalisé avec ma compagne Marie-Hélène et notre fils Pablo, âgé de 12 ans.

Mardi 27 juin


Vol Paris –Sao Paulo. Décollage à 23h30.


Mercredi 28 juin

Atterrissage à Sao Paulo à 6h du matin -heure brésilienne- ou 11h00 -heure belge- (5 heures de décalage horaire). Soit 11h30 de vol plutôt calme, excepté quelques remous lors du passage de la ligne de l’Equateur. A bord de l’A330 de la compagnie brésilienne Tam, essentiellement des Brésiliens de retour au pays pour les vacances ainsi que 2 ou 3 bébés assez turbulents et pleurnichards. Peu de touristes.
A cette heure matinale, l’aéroport sort lentement de sa torpeur.



(aérogare de Sao Paulo)

Des voyageurs en transit sont effondrés sur les banquettes du hall d’attente et les femmes d’ouvrage poursuivent imperturbablement leurs tâches en poussant leur chariot de détergents, balayettes et autres ustensiles de nettoyage. Des pilotes, des stewards et des hôtesses parcourent à pas rapides les allées aseptisées, les uns gagnant leur avion, les autres s’empressant de trouver un lit pour un repos sans doute décalé.


Premier cafezinho à l’un des kiosques de l’aéroport. Il est facturé 0,50€. On accepte les euros. Une petite cigarette grillée en cachette dans les toilettes, en évitant soigneusement les dispositifs anti-incendie. Il est interdit de fumer ici aussi.
Quelques voyageurs abassourdis et les yeux rougis par les heures de vol assistent sans grand intérêt à la retransmission (en différé?) du match Espagne-France.

(hall de l'aérogare de Sao Paulo)

Marie –Hélène s’en est allée faire un tour, histoire de se dégourdir les jambes et Pablo s’est plongé dans la lecture de ses revues de skate-board. Il n’a pas l’air très fatigué.

Vers 9h, nous embarquons de nouveau pour la dernière partie du trajet qui nous méne à Santiago (Chili).

Arrivée à Santiago à 12h30.

Il fait ensoleillé et l’air est relativement doux. Retouvons les odeurs de la capitale chilienne avec bonheur. Un singulier mélange d’ hydrocarbures mal consumés, de champignons –ou de je ne sais quelles moisissures- et peut-être de quelques fruits tropicaux en cours de putréfaction. C’est curieux, mais j’aime retrouver ces parfums.

Taxi jusqu’à la calle Monsenor Miller dans le quartier Providencia.
(rio Mapocho)

En chemin, le chauffeur se fait guide et nous détaille les grands édifice longeant l’Alameda: La Moneda, l’Université Catholique, l’édifice Diego Portal (qui a brûlé il y a peu), etc...
Le taximan s’arrête face à l’appartement où notre amie Christine vient tout récemment d’élire domicile avec Juan, son compagnon journaliste à la Tercera.
Ils viennent d’avoit une petite fille qu’ils ont prénommé Ana.
Le papa de Christine –Maurice- est arrivé de Bruxelles deux jours auparavant. C’est la première fois qu’il voit sa petite-fille et peut la tenir dans ses bras. Il a l’air ému. Cependant, et même s’il tente de le cacher, le grand-père a l’air un peu désemparé par la vie que mènent ses enfants à Santiago.
Certes, l’appartement est plutôt modeste, sans grand confort ni chauffage (mis à part un petit calorifère à gaz), mais nos amis ont l’air heureux.

(quartier Providencia)


Prermier tour de reconnaissance dans la capitale et découverte d’un “spot”, Plaza Italia, où Pablo pourra s’adonner au skate sans problème.

Promenade à Bellavista, le quartier “bohème” situé sur la rive droite du Mapocho. Dans les cafés, on retransmet un derby d’anthologie puisqu’il oppose Colo-Colo à la U. de Chile, les deux légendaires équipes de foot de la ville qui ne se sont plus rencontrées depuis une trentaine d’années. Un match qui ravit les afficianados et surtout, doit les consoler de l’absence cette année du Chili au Mondial.

Etant donné l’exigüité de l’appartement de Christine, nous passons la nuit dans une pension toute proche: “La Casa Grande”, calle Vicuna Mc Keenna, 90.



Jeudi 29 juin

Matinée assez fraîche et brumeuse.

(brumes hivernales à Santiago)

Promenade dans la ville et réservation des billets de bus pour Chañaral (15.000 pesos/personnes)
Retour Plaza Italia pour “skater”
A mesure que la journée s’avance, le ciel se couvre un peu plus. Réalisons un petit circuit en bus à travers les quartiers modernes et luxeux longeant le rio, d’Apoquindo à Las Condes. Un tour aboutissant sur les hauteurs un peu sinistre de la ville.
Le bus s’y arrêtera quelques instants puis reprendra son périple en sens inverse. La nuit est presque tombée.

Souper d’une excellente cebiche chez Christine en compagnie de son père, de Juan et de leur petite Ana.



Vendredi 30 juin


Journée ensolleillée mais encore un peu fraîche. Les citadins sont habillés chaudement. Manteaux fourrés, pulls et écharpes sont de rigueur.

(quartier Brazil)

Promenade aux environs de la Plaza Brasil. Le modeste skate-park que nous y avions vu il y a quelques années est aujourd’hui bien délabré. Pablo ne s’y risque pas. Déambulons néanmoins un bon moment dans ce quartier agréable aux avenues arborées où bon nombre de bâtiments du 19e ont gardé un charme presque colonial. Poursuivons vers le centre puis prenons un métro jusqu’à la Plaza Italia où nous pic-niquons sur un banc en présence de quelques chiens affectueux et affamés.
(métro Université)

Récupérons nos bagages à la “Casa Grande” et réglons notre note. Nous prenons le métro jusqu’ à “Estacion Central”, le terminal des bus où un “semi-cama” de la Turbus démarre à 19h en direction du grand nord. Voyage de nuit d’une durée de près de 12 heures, dont une bonne partie à travers le désert côtier. Un trajet qui nous mènera dans la petite bourgade de Chañaral.



Samedi 1 juillet

Nous passons une bonne nuit et arrivons relativement dispos dans la petite ville.

(Chanaral)

Dès notre arrivée, sommes pris en charge par un certain José Luis, guide touristique plus ou moins improvisé mais néanmoins compétent. Celui-ci nous recommande la pension de son ami Willy à quelques centaines de mètres de la gare des bus. José Luis s’occupe également de guider les touristes au « Parc Nacional Pan de Azucar », situé à 30 kilomètres d’ici.
Ca tombe bien, c’était précisément la raison de notre présence en cette ville quelque peu abandonnée. Nous nous mettons donc d’accord pour une excursion en sa compagnie dès le lendemain matin.
La pension qu’il nous a conseillée (Pension Pan de Azucar, Calle Dr Herrera 1557) est de construction récente et bien entretenue. Le carrelage est flambant neuf (le patron nous le fait remarquer) et un coin toilette avec douche chaude en état de marche est à notre disposition (payons 30.000 pesos pour les 3 nuits que nous envisageons de passer ici).
Chañaral est finalement une petite bourgade sympathique. Il n’y a rien de particulier à y voir mais l’ambiance y est agréable même s’il s’agit d’un ancien port minéralier relativement décrépi. Les maisons sont généralement en bois et construites de plain-pied et s’étagent à flanc de dunes. Quelques unes ont encore gardé un cachet colonial avec leur balcon à rue supporté par de légères colonnades.

(Chanaral)

Sur le coup de midi, à cette latitude, la température devient franchement agréable (entre 22 et 25°) malgré une légère brise océanique.

Ce soir nous dînons au resto « Mi Casita ». Une auberge située face à la « Copec » (station service), en bord de Panaméricaine et fréquentée essentiellement par de vigoureux camionneurs faisant la route entre le Pérou et le Chili.
Peut-être faut-il y voir la raison pour laquelle la patronne est si peu amène. Nous y mangerons un congre grillé accompagné de frites et d’une salade mixte. Le tout, préparé tout à fait correctement mais servi avec une raideur quasi militaire.

(Station Copec à Chanaral)

Dimanche 2 juillet

A 9h30 pétantes, José Luis vient nous chercher pour l’excursion du jour. Sa camionnette brinquebalante dont les gaz s’échappent autant par le pot qu’à travers l’habitacle parvient sans trop d’encombres à nous mener jusqu’à la réserve toute proche. Un premier arrêt est consacré aux formalités d’usage à l’entrée de chaque parc naturel. Le responsable du site, en tenue militaire, nous conseille avant toute chose de jeter un coup d’œil au jardin qu’il a consacré aux différents cactus que l’on peut découvrir dans la région. Un grand nombre de ces épineux ne « pètent » pas la forme, certains ont tout bonnement l’air de pourrir sur pied. L’officiel nous recommande ensuite l’achat d’une cassette vidéo qu’il a réalisée sur le parc. Un souvenir agrémenté, nous dit-il, d’une jolie musique d’ambiance. Prenons congé et regagnons le van de José Luis pour rentrer dans le vif du sujet.
La première partie de ce petit périple parcourt le lit asséché d’un large canyon bordé tantôt de roches acérées, tantôt de hautes collines empierrées. Parfois, on aperçoit quelques touffes de graminées s’accrocher à l’orée de maigres points d’eau. Dans le ciel, des couples de charognards tournoient et se laissent mollement porter par les courants ascendants.

(parc naturel Pan de Azucar)

Plus loin, nous faisons une halte et pénétrons à pied dans un étroit défilé rocheux. Les couleurs multiples, ferreuses et cuivrées, se juxtaposent en un subtil camaïeu minéral. Déambulons ensuite durant une paire d’heures au travers d’un dédale sans fin de dunes ocres.
Parvenus au sommet de la plus haute d’entre-elles, découvrons un impressionnant panorama où se superposent et s’enchevêtrent une mer de mamelons sablonneux. Le sol est parcouru d’un inextricable entrelacs de sentes créé par le passage des guanacos dont nous avons par ailleurs aperçu quelques exemplaires durant le trajet. Le ciel est maintenant d’un bleu parfait et le silence absolu. En chemin, nous rencontrerons encore une sympathique famille de renards dont le comportement assez peu farouche laisse à penser qu’il est quelque peu dénaturé par la présence régulière des touristes : Dès que les animaux en question entendent le bruit d’un papier froissé, ils s’approchent vraisemblablement dans l’espoir de recevoir quelque nourriture.

(parc naturel Pan de Azucar)

Dans l’après-midi, nous rencontrons un pêcheur avec lequel nous négocions une promenade en barque à proximité de l’île Pan de Azucar. Nous partagerons le coût de l’excursion avec deux jeunes étudiants (Un Australien de Melbourne et une Norvégienne). Cette ballade d’un peu plus d’une heure permet d’approcher une colonie assez importante de pingouins de Humboldt, pas mal de cormorans et de pélicans ainsi que quelques loups de mer. Petite navigation agréable après laquelle nous regagnerons notre pension de Chañaral vers 19h.
Préparons un spaghetti.