10 octobre, 2006

Cordillère 2006 -De part et d'autre...- (épisode 5)

Vendredi 14 juillet

Journée calme entrecoupée de petite ballades, notamment aux alentours de la « Laguna de los Patos » ainsi qu’une visite au musée archéologique.
(tilcara, laguna de los patos)
(tilcara,musée archélogique)
Il fait très froid ce soir.

Pablo n’est pas encore remis de ses problèmes intestinaux. Il est inquiet mais nous le rassurons. Tout cela devrait s’arranger dans les heures à venir grâce aux cachets que lui a prescrit le pharmacien.

Samedi 15 juillet

Nous prenons un bus dans la matinée pour nous rendre au village voisin de Purmamarca situé à ½ heure de route en aval de Tilcara. Si l’endroit est relativement touristique, surtout en cette période de vacances d’hiver, il mérite néanmoins le détour

Il s’agit d’un petit village blanc dont les maisons sont distribuées autour d’une belle église toute ainsi blanche dont la porte et le plafond sont fait de bois de cactus.

L’intérêt principal du lieu réside en la proximité d’ un site montagneux dont les colorations sont multiples. On l’appelle précisément « El Cerro de las siete colores » (La Montagne aux sept couleurs).

(purmamarca, cerro de las siete colores)

Ce massif présente en effet une invraisemblable série de nuances allant de l’ocre au vert, du gris au jaune en passant par le blanc, le noir et diverses tonalités proches du rouge.
Un circuit pédestre d’environ 2 heures permet d’en apprécier toutes les nuances.


(purmamarca, curieuse architecture organique)

Reprendrons ensuite le bus vers Tilcara où nous passerons encore une nuit non sans avoir allumé un feu et préparé une dernière parilla dans ce havre de douceur et de calme.

Pablo se remet peu à peu de ses problèmes de santé.


Dimanche 16 juillet

Nous quittons presque à regret Tilcara pour la ville de Salta. Quatre heures de bus assez agréables à travers la vallée d’Humahuaca par une après-midi idéalement ensoleillée.
(sur la route de Salta)
Arrivons à Salta aux environs de 16 heures. A peine avons nous quitté le bus que quatre ou cinq jeunes gens nous assaillent pour nous inviter à choisir telle ou telle pension pour y passer la nuit. Nous acceptons l’offre la meilleure marché (+/- 55 pesos) et sommes pris en charge par un taxi jusqu’à calle General Güemes.
L’établissement est une sorte d’auberge de jeunesse gérée par un couple sympathique. La salle à manger et la cuisine y sont communes de même que les sanitaires. Un accès Internet est également disponible moyennant une légère contribution. Tout semble donc parfait pour y passer 1 ou 2 nuitées.
(salta)
Une fois nos bagages déposés dans la chambre, nous partons aussitôt à la (re)découverte de cette ville que Marie-Hélène et moi avions connu il y a une quinzaine d’années. Cette ville est toujours aussi agréable, bien que fort calme en ce dimanche après-midi.
Un bon nombre d’édifices ont conservé un certain charme colonial. Le Cabildo, sur la place centrale, la Législature, l’Eglise San Francisco et bien d’autres bâtiments « officiels » semblent faire l’objet d’une restauration ou d’un entretien attentifs. Leurs couleurs sont vives et chaudes. La place est quant à elle bien arborée. Des patrouilles de fringants policiers la sillonnent à cheval et les palmiers s’ expriment avec vigueur. Des terrasses sont dressées aux abords et le calme règne.

Quelques touristes, essentiellement argentins, et des fonctionnaires viennent y siroter une Salta servie dans des carafes d’un litre. On peut aussi y déguster d’excellents jus de citron pur allongés d’eau minérale. J’achète « El Tribuno » à un marchand ambulant.
Dans le quotidien on peut entre autre lire qu’une enquête vient de révéler que 8 millions d’Argentins (1/5 de la population totale) vivent avec 3 pesos par jour (0,80 eurocent)..

C’est le prix que nous allons payer pour nos 3 consommations à cette terrasse.
(salta)

Dans la rubrique internationale du même journal, on lit encore qu’Israël est en guerre contre le Liban, que l’Iran fournirait aussi des armes et un appui logistique au Hezbollah. Des images de feu, des chars d’assauts et des soldats en armes illustrent le communiqué.

Nous rentrons fourbu à la pension et nous apprêtons à passer une nuit réparatrice.

Ce qui était sans compter sur l’apparition soudaine dans l’auberge de joyeux drilles espagnols et anglais, qui n’ auront de cesse de parler haut et fort jusqu’à une heure avancée de la nuit dans la pièce commune jouxtant notre chambre.

Pendant ce temps, une autre voyageur décidait quant à lui de prendre une douche aux alentours de minuit tout en sifflotant. Une douche également accolée à notre chambre.

Bien que j’aie tenté de faire revenir le calme, en m’énervant quelque peu certes, rien n’y fit et nous dûmes nous endormir vers 3 heures du matin.
Une nuit fut tout simplement infernale. D’ autant que 3 heures plus tard, la sonnerie d’un réveil retentissait dans une chambre voisine. Son locataire se mit aussitôt et fort logiquement à prendre une douche puis à tirer la chasse d’eau qui, par malheur, devait prendre une bonne quinzaine de minutes à se remplir après usage.



(salta)

08 octobre, 2006

Cordillère 2006 -De part et d'autre...- (épisode 4)

Mardi 11 juillet

Après une excellente nuit passée d’une traite, le temps est venu d'envisager la suite des évènements. En l’occurrence, passer la frontière argentine et continuer notre trajet, cette fois vers le sud en gardant toutefois comme ligne de conduite naturelle, la Cordillère.
Nous réservons 3 places dans le prochain train à destination de Villazòn (ville frontalière bolivienne. Ce train effectue le trajet de nuit, à travers montagnes et hauts plateaux et démarre d’Uyuni en fin de soirée.


(Uyuni,cortège à l'occasion de l'anniversaire de la fondation de la ville)

En attendant, nous parcourons une dernière fois les rues de la petite ville andine. L’ambiance est particulièrement animée aujourd’hui en raison de la poursuite des festivités organisées à l’occasion de l’ anniversaire de la fondation de la ville. Un long cortège est en train de sillonner l’avenue principale. Les pétards éclatent et des fanfares résonnent dans le lointain. Un cortège assez insolite puisque toutes les forces vives de la bourgade y prennent part : les représentations de mineurs, les associations de quartier, les syndicats ouvriers –avec de grandes affiches à l’effigie du Che- les compagnies d’autocars et de bus, les producteurs de laine, les éleveurs de lama, etc… L’ensemble est fermé par un défilé militaire en costume d’apparat du plus bel effet. Tout ce monde passe ainsi au pas devant la tribune des officiels où l’on peut voir le maire et ses adjoints gominés ainsi que différents gradés de l’armée accompagnés de leurs épouses engoncées dans leur tailleur du dimanche.
(Uyuni)
A quelques dizaines de mètres de là, tout près de la place de l’église, des échoppes ont été installées. On y trouve de l’artisanat, des pâtisseries, de la viande grillée, des jouets et, vraisemblablement des offrandes miniatures comme celle que l’on dépose à l’occasion du culte de la Virgen de Copacabana.

Plus loin encore, quelques forains ont également pris place. Les carrousels et les roues aériennes sont mus uniquement à la force des bras des forains.
Il y a aussi quelques « casinos » artisanaux. Cette attraction semble avoir un succès tout particulier. Il s’agit d’un genre de « Roue de la Fortune » où les plus chanceux peuvent gagner des articles « made in Hong Kong », des peluches géantes, des radio-cassettes ou des téléviseurs portables.

Avant de prendre le train, nous prendrons un dernier repas à l’Arcoiris.
Restaurant où nous ferons traîner les choses le plus longtemps possible de manière à ne pas devoir trop attendre dans la salle des pas perdus de cette gare glacée.

Nous embarquons dans le train à destination de la frontière argentine vers 23h. Là, stupéfaction, contrairement au train emprunté pour arriver en Bolivie, les wagons, exclusivement destinés aux voyageurs, sont modernes, bien entretenus et de surcroît, chauffés.
Une télévision diffuse des films pour occuper les voyageurs et un wagon-restaurant fait partie du convoi.

Le matin, des diffuseurs nous éveilleront au son d’une mélodie un peu mielleuse de Jose Luis Perales.

Le voyage prendra environs 9 heures et se déroulera sans la moindre anicroche.


Mercredi 12 juillet

Arrivée à Villazòn (ville frontière bolivienne, département de Potosi) vers 8h.

L’ endroit, à première vue, ne semble guère offrir d’intérêt, si ce n’est que l’altitude est nettement moindre qu’à Uyuni et la température un peu plus clémente.
Nous ne nous y attarderons guère de toutes manières. Prenons un taxi jusqu’au poste frontière (10 min.) puis accomplissons les formalités de sortie. Traversons ensuite à pied un pont enjambant la rivière faisant office de frontière naturelle et arrivons à la douane argentine de La Quiaca. Un panneau de bienvenue accueille les arrivants et indique par la même occasion que nous nous trouvons à quelques 5200 kilomètres de Ushuaia. Une manière comme une autre de signaler la grandeur du pays !

Comme la ville précédente de Villazòn, La Quiaca n’est pas très enthousiasmante. Architecture informe et bâtiments perpétuellement en cours d’achèvement.
Malgré un soleil radieux, une certaine tristesse se dégage des lieux.
Marie-Hélène propose que nous ne moisissions guère ici et suggère de prendre un bus jusqu’au village de Tilcara. Endroit qui, selon le South American Handbook, est idéal pour partir à la découverte de la vallée d’Humahuaca.
Aussitôt dit, aussitôt fait. Achetons les 3 billets de bus et nous retrouvons en début d’après –midi dans un lieu effectivement bien agréable et toujours aussi ensoleillé.
(Tilcara)
Dès la sortie du bus, une dame nous accoste pour nous proposer un logement. Nous la suivons et visitons sa maison de la rue Lavalle qu’elle a transformé en petite auberge. L’endroit, qu’elle a nommé Uwa Wasi (La Maison des Raisins, en langue quechua), sera parfait pour y passer quelques nuits. La décoration est de bon goût, il y flotte un subtil parfum d’encens et du jazz (essentiellement des compositions du guitariste argentin Luis Salinas) est diffusé dans les pièces principales. Les murs sont peints de couleurs chaudes et les plafonds, couverts de bambous. L’aubergiste loue ses chambres au prix de 60 pesos (600 fb) la nuitée. Au départ, le déjeuner devait être inclus mais après s’être informée auprès de son fils, elle considère que ce ne sera pas possible.
Peu importe, nous acceptons le marché.

Nous ne faisons pas grand chose en cette fin d’après-midi.

Circulons au hasard des rues et sur la place du village où des dizaines d’artisans vendent bijoux, vêtements ainsi que divers souvenirs à l’attention des nombreux touristes, essentiellement argentins à cette période de congés scolaires.
Nous repérons également quelques peñas pour les jours prochains puis finissons par souper dans un restaurant de la place.

Probablement à cause du changement de climat (il fait très doux) et d’altitude, Pablo connaît de petits problèmes intestinaux.

Jeudi 13 juillet


(vallée d'Humahuaca à Tilcara)

Dès le matin, nous entreprenons une petite excursion en dehors du village.
Un chemin caillouteux mène en ½ heure à un site archéologique intéressant, celui du Pucara de Tilcara, une vaste forteresse d’origine préincaïque dominant de façon stratégique la vallée d’Humahuaca. Sur le promontoire parsemé de grand cactus, on peut circuler au travers d’un dédale de maisons, d’enclos et de lieux de culte bien restaurés et évocateurs de la vie d’autrefois en ces régions. Selon les archéologues, ce site, comme la plupart des pucaras (citadelles) de la région, a été occupé entre 1000 et 1480 mais aussi pendant la brève période incaïque et ce, jusqu’à l’occupation espagnole que l’on considère comme établie à partir de 1594 (correspondant à la date d’emprisonnement du cacique local Viltipoco).

(pucara de tilcara)

Après une petite sieste, nous accompagnons Pablo sur le terrain de sport du village, une esplanade en béton, bien plate et couverte où il peut s’adonner au skate – board lorsque les maraîchers ont rangé leurs étals.

Le soir, nous déciderons de préparer une parilla dans le jardin de la maison qui nous accueille.

Terminerons la soirée à la « Peña de Carlito ». Un café-resto-chantant où le Carlito en question (un garçon ressemblant à notre ami Guillermo de Santiago) interprète avec beaucoup de sensibilité et d’énergie des compositions et des chants traditionnels (coplas) accompagné d’un tambour ou d’une guitare.

06 octobre, 2006

Petite parenthèse.....

Bon voilà...juste une parenthèse avant d'entamer le 4e épisode de mon journal consacré à ce voyage "De part et d'autre de la Cordillère".
Elle a pour origine une petite discussion que je viens d'avoir avec Marie-Hélène au sujet de ce modeste blog qu'elle vient de découvrir. Sans doute avec raison, ma compagne se pose la question de l'utilité d'un tel journal. Quel intérêt pourrait-il avoir? Qui pourrait s'intéresser au fait que nous ayons pris tel train à 11h45 ou encore que nous ayons mangé une pizza le 7 juillet ou dormi dans une pension pourrie à Calama,...
C'est certain que tout cela ne casse pas 3 pattes à un canard, comme dirait l'autre, d'autant que le style employé pour évoquer toutes ces choses est finalement assez commun, j'en conviens. Mais ne s'appelle pas Balzac qui veut...Soit.
Je viens cependant de trouver une ébauche de réponse à toutes ces questions... en regardant ce soir l'émission Thalassa qui proposait, entre autre, un reportage consacré à l'île de Socotra au large du Yemen. Au fond d'une grotte de cette île, au demeurant extraordinaire, des archéologues ont découvert il y a peu, une tablette étonnante sur laquelle figurait une série d'inscriptions en araméen (la langue du christ): un homme y avait écrit....son nom, la date de son passage ainsi que le moyen par lequel il y était arrivé....ni plus, ni moins. C'est d'une simplicité biblique!
N'est-ce pas là, ce même état d'esprit qui anime aujourd'hui des millions de bloggers à travers le monde?
Ceci dit, dans le domaine du dérisoire et du "pas grand chose à dire", cela me rappelle cette fameuse BD d'Hergé où il ne se passe strictement rien: Les Bijoux de la Castafiore. Aujourd'hui encore, je me demande pourquoi j'ai tant aimé cet album...

Cordillère 2006 -De part et d'autre...-(épisode 3)

Samedi 8 juillet

Comme convenu, nous nous dirigeons vers l’agence Esmeralda à 10h30 pour le départ de l’excursion au Salar. Un voyage auquel prendront part un jeune couple d’Allemands (Sebastien et Sandra) ainsi que 2 jeunes Irlandais sourds-muets (Owen et Sean). Le Land Cruiser arrive à l’heure dite et notre guide, Patricio, embarque les bagages sur le toit du véhicule. S’y trouvent déjà une réserve de 200 litres de carburant ainsi que le matériel nécessaire à la préparation des repas : casseroles, bombonnes de gaz, cuisinette, etc…Dans l’habitacle, à côté du chauffeur, la dame qui s’occupera des repas tout au long du voyage a déjà pris place. Une cholita quelque peu effacée et peu bavarde.
(monticules de sel/salar d'Uyuni)
La 1ère étape de ce voyage nous mène vers un petit village en bordure du Salar. Cette halte à Colchani (le nom du hameau) est un prétexte pour nous faire découvrir, et le cas échéant, acheter, l’artisanat local. Sur les tréteaux s’alignent des cendriers, des chandeliers, des petites boîtes à bijoux et autres colifichets dont la particularité est d’avoir été fabriqués en sel. Cet épisode touristico-commercial accompli, nous rentrons dans le vif du sujet : Le Salar. Une étendue parfaitement plane de quelques 12.000 kilomètres carrés et couverte d’une couche de sel allant de quelques centimètres à plusieurs mètres (8m) d’épaisseur.

La lumière du soleil et sa réflexion sur ce sol immaculé provoquent un aveuglement presque douloureux.
Là-bas, des ouvriers s’emploient à racler le sol cristallin et à constituer des petites pyramides de sel qu’ils embarquent ensuite sur des camions branlants.
Pour se protéger des coups de soleil et des brûlures occasionnées par l’or blanc, certains de ces « mineurs de surface » portent des cagoules ne laissant de visibles que la bouche et les yeux. Pour peu, on les prendrait pour d’inquiétants membres des FARC !
(extraction de sel)
Une autre halte, de courte durée, à lieu cette fois à proximité d’un singulier édifice. Il s’agit d’un hôtel entièrement construit en blocs de sel. Le mobilier est aussi réalisé de la même matière. Ici, il est inutile d’appeler le garçon lorsque la soupe manque de sel, il n’y a qu’à creuser un peu la table !

L’étape suivante permettra de visiter une curieuse formation rocheuse en plein milieu du Salar. Posée comme une île au milieu d’une mer d’écume, l’endroit est dénommé « La Isla del Pescado ». Il n’y a aucun poisson ici, comme l’appellation locale le laisserait supposer, mais c’est la silhouette générale du massif qui aurait donné son nom au site. Petite montagne composée d’un amoncellement de cailloux arrondis, l’endroit est par ailleurs couvert d’énormes cactus de type « candélabre ». Certains d’entre eux atteignent plus de 12 mètres. On nous assure que la croissance de ces cactées est d’environ 1 centimètre par an. A ce rythme, il est donc raisonnable de penser que plusieurs de ces végétaux ont vu défiler les troupes incas. Pour autant qu’elles aient jamais transité par ici.
(isla del pescado)
Nous quittons cette singulière oasis, ne manquant ni de sel ni de piquant, pour accéder en fin d’après-midi au village de San Juan où nous passerons la nuit.
L’infrastructure qui nous accueille est sommaire mais largement suffisante et plutôt sympathique. La chambre à l’étage, donnant sur une mezzanine extérieure est, comme de coutume, non chauffée.
(san juan)
En attendant le repas, conversons avec nos nouveaux compagnons de voyage tout en savourant un bourbon –coca. Une idée des Irlandais qui avaient eu la prévoyance d’acheter avant le départ une petite réserve de cet alcool bien utile sous ces latitudes.
Sean et Owen nous apprennent qu’ils sont en voyage depuis plusieurs semaines déjà et qu’ils ont été amenés à visiter le Venezuela, le Pérou et le Brésil. Ils auraient souhaité voyager en Colombie mais il semble qu’on leur ait vivement déconseillé d’y pénétrer. Les autorités locales étant particulièrement méfiantes à l’égard des ressortissants irlandais : L’Ira n’aurait-elle pas des connexions avec certains groupements terroristes colombiens (notamment les FARC) ?

Pour le souper, notre cuisinière attitrée nous a concocté un repas plutôt bourratif composé de frites, de bananes douces (frites également), de riz ainsi que de pilons de poulet.
Un met auquel nous ferons succéder le reste du bourbon-coca ou, c’est selon, de bourbon-thé. La bouteille –de bourbon- y passera. La nuit sera bonne en dépit d’une invraisemblable froidure.


Dimanche 9 juillet

Nous reprenons le cours de nos activités touristiques de bon matin après un frugal petit-déjeuner (thé, pain, confiture). Cette nouvelle journée nous fera découvrir une série de lagunes où ont élu domicile quelques colonies de flamants roses que l’on pourra observer d’assez près.

L’environnement est à la fois grandiose et inhumain. Ce paysage exclusivement minéral pourrait être la dernière halte avant l’espace, l’univers extraterrestre . Parfois, il me vient à l’esprit que les natifs de l’Altiplano pourraient figurer parmi les meilleurs candidats aux vols interplanétaires de longue durée. Petits et trapus, résistants et peu bavards (ils ne semblent ouvrir la bouche que pour les choses essentielles), rapides en calcul et insensibles aux conditions climatiques extrêmes, ces descendants d’Incas ne seraient-ils pas, à moyen terme, les grands explorateurs du prochain millénaire ? Mais peut-être sont-ils eux mêmes des descendants d’extra-terrestres ?
(coulée de lave figée)
Nous terminerons enfin cette journée par la visite d’un site quelque peu lunaire. Décidément !

Il s’agit d’une vaste plaine de couleur ocre et sable parcourue de roches erratiques. Ces blocs de lave expulsés des volcans avoisinant ont adopté des formes toutes plus insolites les unes que les autres. Comme cet « Arbol de Piedra », une pyramide inversée défiant les lois de la gravité et de la physique.
(el arbol de piedra)
La dernière curiosité de la journée aura pour nom la « Laguna Colorada ». Un vaste plan d’eau d’un rouge très particulier. « Proche du mauve, me dit Marie-Hélène ».
Une coloration due à la présence d'organismes microscopiques de la même couleur.Des organismes dont se nourrissent par ailleurs les flamants peuplant la zone et qui, forcément, adoptent la même teinte.
Nous passons la nuit dans un refuge rustique situé au milieu de nulle part. Cet établissement, nous dit notre guide, est une initiative d’habitants de la région qui ont reçu gratuitement un lopin de terre des autorités afin de développer le tourisme et créer de nouveaux emplois.

Dans la véranda où nous prendrons le repas, nous avons cette fois la chance de profiter de la douce chaleur dispensée par un petit poêle. A l’intérieur s’y consument lentement de grosses touffes de llareta. Une sorte de végétal, compromis entre la mousse et le lichen, séché que l’on utilise en abondance sur ces hauts plateaux à défaut d’arbres.

Ce soir, nous ne nous attarderons guère en bavardages après le souper. Nous regagnons aussitôt notre lit, situé cette fois dans un dortoir où prendront place nos 4 compagnons de voyage. Demain, nous nous remettons en route dès 5h30.

Lundi 10 juillet

Notre guide vient nous éveiller à 5 heures. L’obscurité est encore complète et le générateur fournissant l’électricité, pas encore en marche. De nouveau, le froid est paralysant. On ne traîne pas pour s’habiller. Les bagages sont de nouveau hissés sur le toit et nous embarquons dans le van sans déjeuner. « Plus tard, lorsque nous arriverons aux thermes, nous prévient Patricio !». Le Toyota se lance aussitôt sur la piste et dans la nuit parsemée d’étoiles. Bien que ce soit la pleine-lune, nous n’y voyons rien : le pare-brise et les vitres du véhicule sont couverts de givre. Ce qui n’a pas l’air de gêner outre mesure notre chauffeur. Il parcourt ces chemins improbables depuis 6 ans à raison d’une fois par semaine. Au bout d’une heure de route chaotique, raide et poussiéreuse, nous arrivons en vue d’un vaste cirque d’où s’échappent de puissantes et sulfureuses fumerolles : « les Geysers de Michina ». La frêle lumière bleutée de l’aube fait alors peu à peu apparaître un paysage dantesque.

Nous sortons du véhicule, transis par le froid, mais curieux d’approcher ce phénomène de plus près. Des dizaines de petits cratères ont à cet endroit crevé le sol et laissent échapper des jets d’une bouillie grise et infâme. Des rôts diaboliques et pestilentiels viennent rythmer l’activité nébuleuse. La fumée envahit l’espace et les bronches des visiteurs audacieux. Les substances expulsées, combinées au froid et à l’altitude (4800 mètres) ont l’air de provoquer auprès de chacun une sorte d’étrange euphorie. Chacun semble en état d’apesanteur. On se salue en silence, d’un air complice, les yeux hagards puis on disparaît à jamais dans un tourbillon de vapeurs toxiques et peut-être hallucinogènes.

La montagne alentour, à présent, va s’embraser, c’est certain !

Quelques kilomètres plus loin, notre guide nous emmènera vers les thermes de Challviri. Baignoires naturelles où coule une eau extraordinairement chaude. Nous prenons le risque de nous y baigner malgré une température extérieure toujours largement négative. Cela fait un bien fou ! Sauf lorsque l’on en sort.
En quelques minutes, les essuies et les maillots, gelés, ont pris la forme des cailloux sur lesquels on les avait déposés.

Il est à présent 8h et l’assistante cuisinière nous attend à proximité du van avec un solide petit déjeuner composé de pain et d’œufs frits. Nous voilà requinqués et fin prêts pour poursuivre notre périple altiplanique.

Prochaine étape : la Laguna Verde et le volcan Licancabur, non loin de la frontière chilienne. C’est là que notre route va se séparer de celle de nos amis Irlandais. Ils prendront un bus vers San Pedro de Atacama (Chili) et continueront leur aventure sud-américaine vers le Chili.

De notre côté, nous nous apprêtons à boucler la boucle vers notre point de départ non sans avoir traversé une « Valle de las Rocas » magique ainsi que quelques modestes bourgades en pisé répondant aux noms de Villa Mar ou Villa Alota. Villages dont l’activité principale semble être l’élevage de lamas et la culture de quinoa. Une robuste herbacée, déjà cultivée à l’époque pré-incaïque, dont les graines, riches en protéines, constituent un apport vital dans l’alimentation des populations locales.

Arrivons à Uyuni à la tombée du jour et récupérons une partie de nos bagages à l’agence Esmeralda pour les déposer à nouveau à l’hôtel Avenida. Nous avions pourtant projeté de trouver un hôtel plus convenable dès notre retour. Sans succès.

Pour le souper, cette fois, nous jetons notre dévolu sur un restaurant de la place : l’Arcoiris. Il s’agit d’un établissement presque exclusivement fréquenté par des touristes. Il y fait bon. Sans doute grâce à l’imposant four à gaz destiné à la cuisson des pizzas. Une des spécialités de l’endroit. La musique que l’on y passe n’est pas non plus très « locale », puisque depuis que nous y sommes assis, il y a bientôt une heure, une compilation des Bee Gees passe en boucle.
Aux tables, les touristes partagent leurs bons tuyaux et évoquent leurs souvenirs de voyages en anglais, en français, en allemand ou encore dans cet étrange et typique sabir en vigueur dans les lieux touristiques consistant à mélanger toutes ces langues et d’autres encore, en une seule.
La lumière est tamisée, les sièges sont confortables et, finalement, nous avons l’impression de nous rapprocher d’une certaine civilisation. Parfois, c’est appréciable.
Ce soir, nous commanderons une pizza de taille familiale en buvant quelques bières boliviennes du meilleur tonneau.

04 octobre, 2006

Cordillère 2006 -De part et d'autre...- (épisode 2)



Lundi 3 juillet

Flâneries dans Chañaral.

Nous nous faisons confirmer par téléphone au « Ferrocariles de Antofagasta a Bolivia » -FCAB en abrégé- l’existence du train reliant Calama à Uyuni en Bolivie et réservons aussitôt trois billets de bus pour atteindre Calama demain matin.
Continuons notre visite de Chañaral et son front de mer, désert en cette saison. Il semble de toute manière que, même en été, la plage ne soit pas très fréquentable en raison de la pollution de l’eau. Les mines de cuivre des environs déverseraient à cet endroit des quantités importantes de produits toxiques.
(chanaral plage)
En fin d’après –midi, nous prenons un pisco-sour dans ce joli bar en forme de rotonde faisant face à la mer. Le soleil amorce le couchant. A l’horizon : lumière pourpre et fruitée traversée par des escadrilles de mouettes et de pélicans en formation serrée.
La TV, au dessus du comptoir, diffuse une série romantique entrecoupée de publicités pour de la poudre à lessiver.
(chanaral)

Pablo a rendez-vous à 17h30 au petit skate-park de l’endroit. Il y a rencontré la veille un garçon passionné comme lui de skate-board. Nous l’attendrons jusque 18h. En vain. Pablo est déçu.

Prenons un micro jusqu’à la Caleta où nous souperons ce soir, et de nouveau, d’un congre grillé, accompagné cette fois de riz et d’un assortiment de salade. Ce qui ne change pas grand chose au repas de la veille. Nous sommes seuls dans le restaurant face à l’océan. Au loin, quelques pêcheurs ont jeté l’hameçon. Sans grande conviction semble-t-il. Les pélicans sont de redoutables concurrents.
Bientôt l’obscurité va envelopper les contours de la jetée . Nous rentrons avec un « micro » dont le chauffeur est le père de la serveuse.





(chanaral)

Mardi 4 juillet


Levés de bon matin.
La journée s’annonce ensoleillée. Don Willy a déjà préparé le petit déjeuner. Le bus de la Flota Barrios vers Calama démarre à 8h45 précises.
Un voyage d’environ 8 heures à travers le désert le plus aride du monde. La température extérieure atteindra rapidement 30°.
Une seule halte de quelques instants est prévue à Antofagasta.

Arrivés à Calama en fin d’après-midi.
(calama)

Nous trouvons un petit hôtel assez proche du centre, calle Abaroa. Il s’agit de l’hôtel Loa, du nom de la rivière traversant la région. Notre chambre n’est guère très grande : à peine peut-elle contenir les trois lits. Elle ne dispose que d’une seule fenêtre donnant sur un débarras à ciel ouvert, probablement celui de la femme d’ouvrage. Il y a cependant une télévision et Pablo tombe sur émission sportive consacrée au skate-board.
(calama,compteurs électriques)

Nous cherchons quelques temps un resto valable pas trop loin de la place. Ce sera finalement le « Regalòn » (le « gros cadeau ») qui trouvera grâce à nos yeux. La particularité de cet établissement est que l’on n’y sert ni bière, ni vin, faute de patente. Seules des boissons gazeuses sucrées, dont les écoeurants Bilz et Paps, accompagnent les mets. Nous demanderons une autorisation spéciale pour pouvoir acheter à l’extérieur un carton de vin et le consommer en prenant notre repas ici. Ce que la jeune et timide serveuse, sans doute Bolivienne, nous accorde volontiers. Le repas ne sera pas extraordinaire mais occupera néanmoins l’estomac jusqu’au lendemain.
(calama)

De retour à l’ hôtel nous faisons la connaissance d’un couple de retraités italiens. Ils sont originaires de Palerme. En fait de couple, nous ne rencontrons que l’homme, d’allure distinguée certes mais plutôt désemparée. Son épouse semble souffrir d’une sérieuse bronchite contractée dès son arrivée dans la ville minière. Nous l’entendons d’ailleurs cracher ses poumons dans la chambre voisine. Un médecin a promis de l’ausculter dans la soirée sans toutefois préciser à quelle heure. Marie-Hélène propose de lui préparer un thé. Le pauvre mari accepte avec plaisir. Dans la foulée, nous nous en préparons chacun un et le buvons avant de nous engouffrer dans notre lit. La nuit est fraîche et supportons aisément les trois couvertures fournies d’office. Au milieu de la nuit, nous entendrons retentir la sonnerie d’entrée. Il s’agit vraisemblablement du médecin venu ausculter la malheureuse palermitaine.
(calama)

Mercredi 5 juillet

Préparatifs pour le départ de ce soir vers Uyuni en Bolivie.

Nous passons une partie de la journée à sillonner les rues de la ville tristounette et découvrons une aire de skate-board flambant neuve bien que totalement déserte.
(calama, skate-park)

Les portes de la gare ouvrent à 21h30. Peu à peu, les rares voyageurs à destination d’Uyuni prennent place dans la salle des pas perdus. Nous faisons la connaissance de nos futurs compagnons de voyage. Il y a là 3 Sud-Africains (deux garçons de 14 et 17 ans accompagnés de leur père), 2 Californiennes végétariennes, un couple de quadragénaires danois dont l’homme arbore un vrai profil de viking. Il y a encore deux étudiants français (une fille de Lyon et un garçon de Paris) et enfin, deux touristes chiliennes et une Bolivienne de retour au pays.




(en gare de Calama)

Le train rentre en gare à l’heure dite et nous y prenons place à 23h. Chacun s’installe alors pour un trajet particulièrement long et de surcroît, très froid. D’autant plus froid qu’il n’y a pas de chauffage dans cet unique wagon réservé aux voyageurs.
Les 25 autres voitures, réservées au transport de marchandises sont pour l’instant vides. Un employé des chemins de fer nous explique que ces wagons seront remplis de minerais en Bolivie et prendront le chemin inverse lundi prochain.
Le convoi s’ébranle.
Dès le départ nous comprenons que nous serons bien secoués sur nos rudes banquettes de moleskine.
Nous parviendrons toutefois à trouver le sommeil, bien abrités dans nos sacs de couchage et après avoir enfilés tout ce que nous comptions de pulls, bonnets de laine et moufles.
Durant toute la nuit, le plus jeune des deux garçons sud-africains sera malade, de même qu’une des deux californiennes végétariennes. Bien que l’ascension du train vers les hauts plateaux soit progressive, nous atteindrons malgré tout et assez rapidement l’altitude de 3600 mètres. Dès lors, les effets de la soroche – mal de l’altitude- peuvent déjà être très gênants (palpitations, migraines, vomissements, etc…)





(le jour se lève à Ollague)

Jeudi 6 juillet

Toujours à bord du train de la FCAB.





(Ollague)

Le soleil apparaît vers 7 heures et découvre un impressionnant décor d’Altiplano avec, dans le lointain de massives silhouettes de volcans dont certains dégagent de légères fumerolles.
Le train s’arrête une première fois au poste frontière chilien de Ollague. Nous y patienterons jusque 8 heures, moment de l’ouverture de la douane, avant de poursuivre notre route. Nous sortons tous du wagon pour nous dégourdir les jambes et surtout s’immerger un tant soit peu dans ce paysage hors normes. Le village d’Ollague est lilliputien (environ 200 habitants) et en dépit de la modeste gare, du poste frontière et de la petite infrastructure ferroviaire, on se demande quels sont les moyens de subsistance des autochtones. Une paysanne m’informe que l’agriculture a, contre toutes attentes, ici une place importante -culture de pommes de terre et de quinoa- tout en me montrant le lointain, aride et caillouteux, elle ajoute qu’elle est précisément en train de se rendre sur l’ un de ses terrains.

A présent la température devient peu à peu supportable. Durant la nuit, du moins en cette saison, il est fréquent que le mercure flirte avec les - 20° !

(Ollague)

Une fois les formalités douanières chiliennes accomplies, chacun regagne le wagon pour un trajet d’une quinzaine de kilomètres à peine. Là, le convoi s’arrête de nouveau. Cette fois il s’agit de s’acquitter des formalités douanières boliviennes. L’administration locale se situe également dans un infime hameau nommé Abaroa. Même ambiance, même solitude, même lumière aveuglante. Il y a peut-être ici une vingtaine de maisons en adobe chaulé et une école fréquentée par une demi-douzaine d’enfants.
Une des maisons fait office de relais pour les voyageurs.
Nous y buvons un maté de coca revigorant.
A l’extérieur, sur une corde à linge, des morceaux de viande de lama ont été mis à boucaner. Un peu plus loin, un homme et ses fils tentent de faire redémarrer le moteur d’une moto cabossée.

Le train mettra de longues heures avant de reprendre sa route. Il faut attendre l’arrivée d’une locomotive bolivienne qui doit prendre le relais.
A la question de savoir à quelle heure arrivera cette providentielle machine, les employés des chemins de fer se perdent en conjecture : dans 1 heure, peut-être 2 ou 3, voire 4 heures ! Peut importe. Tout le monde a compris que l’on est dans une dimension où le temps n’a plus cours. Une dimension minérale où chacun ne peut s’en remettre qu’à la Pachamama, aux éléments, au vent de la puna. En attendant, le petit groupe que nous formons avec les autres voyageurs s’éparpille au hasard de la plaine sans fin. Certains n’en auront pas la force et se coucheront à même le sol, histoire de reprendre un peu de souffle.

La locomotive bolivienne arrivera aux environs de 14 heures et le reste du trajet jusqu’à destination prendra encore une demi-douzaine d’heures à travers un désert parfait entrecoupé de lacs salés et de maigres rios. Nous atteignons Uyuni vers 20 heures. La nuit est tombée et il fait excessivement froid. Nous n’allons pas trop loin pour chercher un refuge. La pension « Avenida », située pratiquement face à la gare dans la bien nommée avenue du Chemin de Fer, fera l’affaire. La patronne est une Aymara acariâtre et peu loquace. Elle gère son établissement avec sa vieille mère et l’aide de quelques employées quasiment mutiques. Parlent-t-elles espagnol ?
La chambre que nous louons est vraisemblablement à l’image de toutes les autres dans la région : non chauffée ! Heureusement chaque lit dispose d’un important lot de couvertures.
Le restaurant où nous prendrons le repas ne sera pas chauffé non plus. Qu’importe, nous garderons nos pulls, veste coupe-vent et tout le reste pour déguster le morceau de viande et les frites (assez grasses) que le patron de l’ établissement aura préparé en ne perdant rien des dessins animés diffusés par la chaîne locale. Le vin bolivien, très froid également, ne vaudra pas la peine que l’on en parle.
(Uyuni)

Vendredi 7 juillet

Après une nuit glaciale (l’eau des tonneaux, à l’extérieur, est recouverte d’une épaisse couche de glace) nous nous risquons à prendre une douche. Le système sanitaire dit « brésilien » en vigueur ici (la résistance électrique est logée dans le pommeau de douche) fonctionne modérément et l’eau s’en retrouve à peine tiédie. Ce n’est pas aujourd’hui que nous nous attarderons en longues ablutions.
Après le déjeuner, nous réservons 3 places pour une excursion en 4x4 dans la région et tout particulièrement au fameux salar d’Uyuni, but de ce séjour en Bolivie. L’agence Esmeralda, installée juste à côté de notre pension, propose le même itinéraire que les 61 autres agences de la localité. Nous ne nous attarderons donc pas à faire jouer la concurrence, d’autant que les tarifs pratiqués ailleurs sont, dit-on, pratiquement les mêmes.

L’ excursion proposée consiste en un circuit de 3 jours parcourant les sites les plus extraordinaires de l’endroit : le Salar d’Uyuni –évidemment-, La Isla del Pescado, la Laguna Colorada, la Laguna Verde, les Geysers, les Thermes, l’Arbol de Piedra , la Valle de las Rocas, etc….
Un tour couvrant près de 900 kilomètres dont le coût est de 65 USD par personne. Le logement et les repas étant inclus. Nous concluons l’affaire et prenons rendez-vous le lendemain à 10h30 face à l’agence pour le départ de l’excursion.
Nous consacrerons le reste de la journée à explorer la petite ville d’Uyuni qui fête par ailleurs cette semaine son 172e anniversaire.
(Uyuni)
Pour l’occasion, les militaires de la caserne toute proche organisent une petite exposition en plein-air. Cette manifestation, précise un jeune conscrit, vise à conscientiser la population aux respects des Droits de l’Homme, dans le monde, en Bolivie et au sein de l’armée. Des panneaux didactiques sont disposés sur l’ensemble de la place principale de la ville et les miliciens les commentent à tour de rôle sur un ton martial devant un maigre public.

Même sous le soleil, Uyuni en ce mois de juillet, reste une ville assez fraîche. Hormis entre 11h et 16h, moment où la température est la plus acceptable, le thermomètre affiche régulièrement des chiffres négatifs.

Sans doute est-ce pour réchauffer l’atmosphère que la plupart des commerçants diffusent de la musique –essentiellement des cumbias- à l’attention des passants : « Vamonos vamonos cholita, vamonos, vamonos a bailar,… « (succès du moment).

L’après-midi, nous irons nous balader en dehors du centre . A 2 kilomètres, après avoir traversés une « banlieue » pauvriteuse jonchée d’ordures, gît un curieux cimetière de locomotives et autres machines ferroviaires déclassées depuis des lustres. Ambiance surréaliste et quelque peu inquiétante que ces squelettes d’acier reposant dans l’austère solitude de l’altiplano. Etrange décor aussi que ces wagons déchiquetés abritant, comme le laisse supposer les graffitis, les amours débutantes.




Nous passons la soirée chez Don Oscar –restaurant dont le serveur ne quittera jamais sa casquette de trappeur- en compagnie de Farid et… ?, le couple de Français rencontré dans le train la veille. Farid poursuit des études d’astro-physique à Santiago et, à ce titre, s’est rendu à plusieurs reprises au célèbre observatoire de la Silla (près de la Serena) pour y travailler. Son amie fait Science-Po. Dans le cadre de ses études, elle est venue accomplir un stage dans la rédaction d’ un journal chilien (« 7 Dias »). Journal qui, nous dit-elle, a par ailleurs fait faillite pendant la période de son stage. Nous nous amusons à la taquiner en lui suggérant qu’elle est peut-être la cause de cette faillite !