27 octobre, 2007

Lima-Rio en 80 jours (14bis)

Ce carnet rassemble des notes et des photos prises lors d’un voyage réalisé en 1987.Il s’agit, comme le titre l’indique, d’une traversée d' Ouest en Est de l’Amérique latine ayant pris environ 3 mois (octobre, novembre, décembre) en utilisant les moyens de transports locaux les plus divers et surtout les moins coûteux : auto-stop, trains, bus, camions, barge, vélo et marche....



Mercredi 11 et 12 novembre (Ile de Taquile/Pérou) (suite)


Pour clore cette partie péruvienne et avant d’entamer le « chapitre » bolivien de ce périple, un petit rabiot de photos de cet eden frugal (comme le dit fort justement Nuages dans l’un de ses derniers commentaires) que constitue l’île de Taquile.

(Taquile, cultures en terrasse, cabanes en pierre et toit de chaume. A l'arrière plan, omniprésent le lac Titicaca)







(Tôt le matin, cette petite fille tout en rouge se rend à l'école du village (un peu inquiète par la présence inattendue du photographe!)










(En fin d'après-midi, on ne déroge pas à la tradition: aussitôt revenus des champs, les hommes dressent au milieu de la place le filet de volley. Bientôt le match pourra commencer)








(Taquile, le clocher de l'église. Comme un partout dans les Andes celui-ci est séparé du corps de l'église. Cette coutume architecturale tient au fait que l'on considère ici le clocher comme un symbole masculin tandis que le corps de l'église figure le corps féminin. L'un et l'autre ne pouvant être associé dans le cadre d'un lieu de culte!)


(De nouveau, les harmonieuses cultures en terrasse rythmant le relief de l'île)


(Au bord du chemin, une imposante roche volcanique fissurée. Dans l'interstice, une jolie composition florale s'est créée spontanément)



La nuit venue, on se réfugie dans l'unique café du village dont l'éclairage se limite à une petite lampe à pétrole. Pour se réchauffer la patronne propose d'excellentes infusions de coca.


Ce soir, nous rencontrons Peter, un Autrichien amoureux de l'île. Depuis qu'il l'a découverte, il y revient chaque année depuis bientôt dix ans!

20 octobre, 2007

Lima-Rio en 80 jours (14)

Ce carnet rassemble des notes et des photos prises lors d’un voyage réalisé en 1987.Il s’agit, comme le titre l’indique, d’une traversée d' Ouest en Est de l’Amérique latine ayant pris environ 3 mois (octobre, novembre, décembre) en utilisant les moyens de transports locaux les plus divers et surtout les moins coûteux : auto-stop, trains, bus, camions, barge, vélo et marche....


Mercredi 11 et jeudi 12 (Ile de Taquile/Pérou)


Comme une parenthèse magique avant de quitter le Pérou, ces deux journées sont consacrées à un périple hors du temps, loin du chaos et des villes, des rumeurs de violence, du désordre et de la misère généralisée.
Cette exception, ce havre de douceur et de paix s’appelle Taquile, une île située à environ trois heures de navigation au départ de Puno.

Dans la petite barque à moteur, vraisemblablement barrée par l’arrière-arrière-petit neveu de Manco Capac, nous sommes une petite douzaine de voyageurs à avoir pris place. Ceux-ci, pour la plupart, ne resteront que quelques heures sur l’île, pressés par le timing d’un tour organisé.

Les autres, c’est à dire Erin, Alain, Marie-Hélène et moi-même, avons décidé d’y séjourner au moins deux jours et deux nuits.

Certes, l’île n’a pas l’air très vaste et sans doute en aurons nous fait le tour en quelques heures, mais nous pressentons comme une sorte d’onde positive, à la fois attirante et mystérieuse, qui émane de ce bout de terre perdue au cœur du lac Titicaca.

Avant d’y poser le pied, une courte étape est prévue à quelques encablures seulement de notre point de départ. Nous accostons sur ce que certains ici appellent les îles flottantes. Il s’agit de curieuses plates-formes artificielles constituées d’amas de joncs.
Pour le seul plaisir des touristes (et la vente d’objets artisanaux, également en joncs), quelques familles y vivent pendant la journée et ont reconstitué le mode de vie et les habitations des Uros, une ethnie amérindienne aujourd’hui disparue mais que les guides persistent toujours à présenter comme de « véritables » Uros.
Ce qui semble par contre authentique et remarquable, c’est ce savoir-faire que les habitants des lieux ont admirablement perpétué : la fabrication des fameux radeaux en joncs tressés.

Ces embarcations dont l’ anthropologue norvégien Thor Heyerdahl s’était inspiré pour mener à bien la construction de son bateau (le Kon Tiki) en 1947 et tenter de prouver que des peuples amérindiens avaient pu découvrir -voire coloniser- des territoires dans le Pacifique sud et notamment l’Archipel des Tuamotu (situé à plus de 5000 kilomètres des côtes péruviennes) que l’anthropologue atteindra par ailleurs à bord de son radeau au bout de trois mois de dérive.

Voici enfin Taquile.
Le bateau accoste à l’ombre d’ un modeste quai où quelques personnes attendent de décharger des produits venant de la ville.
Les bidons d’huile, les tonneaux de pétrole, les sacs de farine, les casiers de boissons sont aussitôt arrimés sur le dos des hommes.
Avant d’atteindre le village, il reste en effet plus de 500 marches à gravir par un escalier monumental taillé dans la roche.

Le village est tout petit et s’articule autour d’une place en terre battue. On peut voir la mairie, l’église -avec son clocher séparé du corps-, la coopérative agricole et artisanale, un petit commerce faisant office de café et sa terrasse composée de quelques tables et chaises dépareillées.

Dans la campagne alentours on aperçoit des maisonnettes en terre séchée et des cultures de pommes de terre ou de quinoa s’étageant en terrasses harmonieuses jusqu’aux rives du lac.
Pour les deux jours à venir, nous serons logés dans une de ces minuscules cabanes que nous allons partager avec le couple belgo -australien rencontré la veille.

Il n’ y a ni eau, ni électricité. D’ailleurs, dans le village, l’éclairage public ne fonctionne que très occasionnellement, lors des jours de fête par exemple. Pour ce qui est de la toilette, cela ne pose pas grand problème puisqu’il y un puit à proximité.
Pour pallier à l’absence d’éclairage, il suffira de regagner sa paillasse avant le coucher du soleil et ainsi éviter de s’égarer la nuit venue.

Pour le reste, et pour les jours à venir, on se contentera d’adopter le mode vie tranquille et serein des habitants de l’ île. Ainsi, lorsque les hommes sont revenus des champs, il est fréquent de les voir se promener calmement… en tricotant !
Les jeunes comme les vieux sont visiblement passés maîtres dans cet artisanat.. Les femmes, en revanche, se consacrent plus volontiers au filage de la laine qu’elles effectuent au moyen d’un curieux ustensile en bois ressemblant à une toupie.

En fin d’après-midi, une autre coutume bien ancrée est celle de la partie de volley-ball.
Vers les quatre heures, la place se remplit comme par enchantement et les hommes y dressent au beau milieu un grand filet.
Les équipes -masculines, féminines ou mixtes- se forment aussitôt et les matchs de se disputer jusqu’à la nuit tombée devant un public enthousiaste.

Comme partout ailleurs, la suite se déroulera au café -le seul et unique- du village où chacun ira de son commentaire sur les performances (ou maladresses) de tel ou tel joueur, la forme (ou la méforme) de telle ou telle joueuse. Le tout sur fond de musique crachotée par un transistor antédiluvien et dans la lumière vacillante d’une lampe à pétrole que la patronne n’a de cesse de ranimer


















(Partie de volley à Taquile)

15 octobre, 2007

Lima-Rio en 80 jours (13)

Ce carnet rassemble des notes et des photos prises lors d’un voyage réalisé en 1987.Il s’agit, comme le titre l’indique, d’une traversée d' Est en Ouest de l’Amérique latine ayant pris environ 3 mois (octobre, novembre, décembre) en utilisant les moyens de transports locaux les plus divers et surtout les moins coûteux : auto-stop, trains, bus, camions, barge, vélo et marche....

Mardi 10 novembre (Puno/Pérou)


Du « nombril » du monde (inca) aux rives du plus vaste lac sud-américain (le Titicaca), il y a une éternité. Si la carte indique que 300 kilomètres à peine séparent Cuzco de la petite ville portuaire de Puno, il faut en revanche au train une bonne douzaine d’heures pour les parcourir. Certes, le relief est accidenté, mais ce sont principalement les haltes aux différentes gares qui paraissent interminables : chargements et déchargements de colis les plus divers -y compris poules et jeunes lamas-, vérifications de billets, contrôles policiers mais aussi passages de marchands de « plats préparés » et de boissons. Ces commerçants sont sans doute de mèche avec le machiniste ou le chef de gare puisque le train ne semble jamais démarrer que lorsque ces vendeurs ont écoulé leur stock de marchandises.
Un rapide calcul nous fait aboutir à la conclusion que ce convoi va atteindre la moyenne stupéfiante (dans tous les sens du terme) de…25 km/h.

Cette fois, nous faisons la connaissance d’un jeune couple belgo-australien -Alain et Erin- avec qui nous bavarderons le temps de ce voyage sans fin. Le garçon, originaire d’Anvers, s’est amouraché il y a quelques mois, à Bali (!), de cette jolie australienne au visage parcouru de taches de rousseur. Les tourtereaux-voyageurs ont à peine vingt ans et sont bien décidés, disent-ils, à ne plus déposer leurs valises avant longtemps. « Vivre c’est voyager, se « fixer" c’est mourir, ajoutent-ils en chœur. Et quand on n' aura plus de sous, renchérit Erin, on fera n’importe quel boulot, puis on repartira… jusqu’à la fin des temps ! ».

Une fois de plus, nous allons « accoster » dans la ville à la nuit tombée.
Il fait calme, et même un peu triste dans cette bourgade perdue des Andes. La vie nocturne à l’air de se résumer à quelques bistrots borgnes en front de lac.
Amarrés au loin, quelques vedettes de la marine péruvienne se balancent mollement au gré des clapotis.

Excepté si l’on veut y faire des achats de laine de lama ou d’alpagua –ce que nous n’avons pas programmé- il n’y a apparemment pas grand à voir ou à faire ici. Les rives du lac sont en outre assez sales et les baignades peu recommandées. De toutes façons, à cette altitude (3855 mètres) l’eau ne doit pas être très chaude. Quant aux chaises longues et aux parasols, ils ne font pas encore partie du décor.
En soi, Puno n’est pas une étape fondamentale, mais la petite cité lacustre constitue un point de passage obligé vers la Bolivie. Donc, nous y passons !

Flanqués d’Alain et Erin, nos nouveaux compagnons de voyage, nous dégottons une pension sympathique dont le patron ne manque décidément pas d’esprit d’à propos.
« En principe, il n’y plus de place dans l’hôtel, mais je vais essayer d’arranger quelque chose, nous assure l’hôtelier en nous faisant signe de le suivre ».
Nous l’accompagnons à l’étage où il s’arrête devant une chambre. Il frappe à la porte et engage une négociation visiblement serrée avec des locataires : deux touristes hollandaises peu amènes à qui le proprio est en train de demander de se pousser un peu pour nous laisser de la place. Le taulier se montre assez persuasif et au bout de auelques minutes, nous invite à partager la chambre des deux bataves à qui l’on n’a visiblement guère laissé le choix. L’ambiance sera un peu tendue dans la chambrée et c’est à peine si les filles nous adresseront un salut.
On peut les comprendre mais de là à refuser de nous parler jusqu’au lendemain, c’est un peu dur….

Dans ce même registre d’ « intimité compromise », l’ établissement où nous dînerons ce soir constituera un sommet du genre.

Les toilettes y jouxtent la cuisine mais la porte séparant les deux pièces a purement et simplement disparu. Ce qui permet, notamment, de faire la causette avec le cuistot tout en soulageant sa vessie ! Je doute que cette configuration des lieux soit tout à fait orthodoxe sur le plan de l’hygiène mais cela n’a l’air de heurter personne.


(Puno, Lac Titicaca)

13 octobre, 2007

Lima-Rio en 80 jours (12)

Ce carnet rassemble des notes et des photos prises lors d’un voyage réalisé en 1987.Il s’agit, comme le titre l’indique, d’une traversée longitudinale de l’Amérique latine ayant pris environ 3 mois (octobre, novembre, décembre) en utilisant les moyens de transports locaux les plus divers et surtout les moins coûteux : auto-stop, trains, bus, camions, barge, vélo et marche.


Lundi 9 novembre (Cuzco/Pérou)

Dernière journée passée à Cuzco ainsi que préparatifs pour le départ de demain vers Puno, sur les rives du lac Titicaca.
Consacrons notamment cette journée à la visite d’un musée dédié à l’ « Ecole de Cuzco ».
Cette école est synonyme d’un style pictural initié par deux peintres italiens (le jésuite Bernardo Bitti et Angelo Medoro) arrivés vers le milieu du XVIe siècle à Cuzco. Ces derniers, imprégnés du style maniériste en vogue à l’époque en Italie, ont influencé des quantités d’artistes péruviens qui à leur tour ont décliné les thèmes religieux imposés par leurs maîtres avec ce style étrange caractérisé par un traitement des couleurs et de l’espace souvent irréel préfigurant à plus d’un égard le style baroque.


Nous poursuivons cette journée par la visite de la cathédrale et son impressionnant retable en argent massif puis déambulons au hasard jusqu’au vieux quartier dit « Inca » dominant la ville où se trouvent nichées la jolie placette San Blas et sa modeste église du XVIe abritant une des merveilles de la ville : une chaire en bois sculpté ornée d’une profusion de personnages oniriques et religieux. « Une œuvre magistrale d’un baroque triomphant » comme s’accordent à le définir tous les guides touristiques ! C’est en tous cas extrêmement « chargé »!

Débusquons en soirée un modeste resto où pour quelques intis (monnaie péruvienne en vigueur en 87) il est possible de se restaurer correctement. La carte ne propose pas grand chose d’autre que l’éternel poulet-frites-salade, mais ce sera suffisant pour ce soir.
Le service est rapide mais la nourriture se révèlera tout aussi rapidement immangeable.
Je picore sans trop d’enthousiasme lorsqu’une malheureuse en haillons fait irruption dans la salle. Avisant mon assiette, elle me demande « Avez-vous fini de manger ? ». Comme je lui bredouille une réponse fort improbable, elle sort aussitôt de sa poche un petit sachet en plastique. Elle y vide mon assiette.
La pauvre femme s’agenouille, se confond en remerciements puis disparaît avec ce qui, peut-être, constituera son repas du jour.



























(Cuzco, quartier San Blaz)

08 octobre, 2007

Lima-Rio en 80 jours (11)

Ce carnet rassemble des notes et des photos prises lors d’un voyage réalisé en 1987.Il s’agit, comme le titre l’indique, d’une traversée longitudinale de l’Amérique latine ayant pris environ 3 mois (octobre, novembre, décembre) en utilisant les moyens de transports locaux les plus divers et surtout les moins coûteux : auto-stop, trains, bus, camions, barge, vélo et marche




Samedi 7 novembre (Machu Picchu/Pérou)

De Cuzco, et même d’ailleurs, il n’ y pas 36 façons d’accéder au Machu Picchu, la mythique cité inca découverte par l’archéologue américain Hiram Bingham en 1911.
Il y a le train ou...le train. Celui dit des "Touristes" et l'autre, appelé le "Local" plus lent, certes mais nettement moins cher. C’est ce dernier que nous allons choisir pour cette nouvelle équipée…très touristique.
Encore que.
Sur le quai de la gare d’Ollantaitambo, il y a en effet beaucoup de monde, mais de touristes, à peine une demi-douzaine ! A tel point que nous nous demandons si nous ne nous sommes pas trompés de gare. Le guichetier, celui qui est parvenu a nous refiler deux billets de première classe alors qu’il sait parfaitement que tout est déjà complet, nous confirme pourtant que nous sommes bien sur la bonne voie !

Sans doute découragés par les avertissements alarmistes de la plupart des guides au sujet du « train local » (vols, agressions, etc…) les touristes de ce jour ont-ils préféré une manière plus sécurisante de découvrir le site.
Tant pis pour eux, car ce voyage promet d’être mémorable et surtout résolument « sportif ».
Dès son entrée en gare, le train est déjà largement en surcharge. Un bon nombre de passagers sont d’ailleurs installés sur les marchepieds, agrippés aux mains courantes.
Pénétrer dans le wagon requérra l’énergie d’un rugbyman s’extirpant de la mêlée. Tout est bon pour se faire une place : coup de coudes, coup de tête et surtout…. coup de gueule. Et c’est visiblement celui qui aura la plus grande qui aura la permission de rester debout dans le couloir. Et encore.
Nous ne devrons notre salut qu’à une sorte de petit « miracle ». Coincés jusqu’à présent dans le réduit situé l’arrière du wagon, nous allons basculer inopinément, Marie-Hélène et moi, derrière une porte dont le chambranle ne tenait plus qu’à une vis. Nous nous retrouvons aussitôt projetés dans les toilettes. Le seul endroit du train où personne n’avait encore pensé à s’installer, du moins durablement ! Une fois la planche du W.C. abaissée, nous devenons donc les heureux locataires d’ un siège tout à fait acceptable que nous ne quitterons que dans 4 heures. Exceptions faites des odeurs, nous sommes heureux de la tournure des événements. Nous avons ouvert la fenêtre au maximum et pouvons de surcroît apprécier le paysage. Vu de ce côté, c’est une végétation dense et luxuriante qui défile à portée de nos mains. Une forêt humide qui s’étage à flanc de montagnes dont les sommets s’égarent dans les brumes matinales. De l’autre côté, mais ça, nous ne le voyons pas, il y a un ravin au fond duquel cavale l’Urubamba, une rivière torrentueuse, violente et limoneuse qui, 700 kilomètres plus au nord, se jette dans l’Apurimac, un puissant affluent de l’Amazone.

Il est environ midi lorsque le train s’arrête à la station « Machu Picchu ». Il s’agit en fait d’un petit village dont le nom est Aguascalientes, situé à environ 2 heures de marche de la cité inca. Toute la vie de cette localité semble être concentrée au bordure de la voie ferrée. Les marchands de fruits, de légumes et de volailles campent littéralement sur les quais, voire sur les rails qu’ils ne quittent que lorsqu’un convoi apparaît.

Un peu à l’écart et surplombant l’Urubamba, une nuée de petits commerces et de pensions s’agrippent autant que possible aux ruelles pentues et boueuses. Aux terrasses des cafés et des restos on peut entendre, dans toutes les langues, les routards commenter leurs aventures aux nouveaux arrivants pressés d’ en découdre avec la « vieille montagne » (Le Machu Picchu en quechua)

Dimanche 8 novembre

Il est 6 heures du matin.
Au creux de cette étroite vallée où se niche Aguascalientes, la lumière est encore bien blafarde.
Notre petit-déjeuner englouti (de bourratives crêpes à la bananes -panqueque de platanos-), nous dévalons les ruelles encore désertes et retrouvons, face à la gare, Nigel et Richard, deux jeunes Londoniens rencontrés la veille. Nous nous sommes mis d’accord pour faire la route ensemble jusqu’au Machu Picchu et tenter d’y arriver avant le flux des touristes.
La première demi-heure de marche est facile puisqu’il suffit de longer la voie ferrée.
Une fois passé le pont métallique enjambant la rivière, à hauteur du lieu-dit Puente Ruinas, Nigel suggère que nous empruntions un raccourci à travers la montagne. Son guide indique formellement que cela permet de gagner un temps précieux par rapport à la route habituelle.

Très vite, le chemin se révèle infernal. Abrupt et glissant dès le début, il se transformera, au bout d’un quart d’heure de progression, en un véritable parcours d’obstacles. Certains tronçons nécessitent des capacités d’alpinistes et d’autres auraient mérité que nous ayons des machettes. La végétation est luxuriante, les troncs d’arbres en putréfaction barrent par moment le chemin et les lianes arborescentes constituent autant de rideaux végétaux presqu’ impénétrables. Depuis un bon moment déjà, il n’y a plus aucune trace de balisage…mais nous persévérons ! Deux heures plus tard, fourbus, en nage, le visage et les bras couverts d’ écorchures, nous retrouvons, contre toutes attentes, la route « officielle ».
Quelques dizaines de mètres nous séparent encore de l’entrée du site. Curieusement, à cet instant, à cet endroit, rien ne laisse supposer que nous soyons à proximité d’un des plus importants sites archéologiques de l’humanité, et surtout pas cette horrible boutique à souvenirs ou cet hôtel prétentieux dressant sa silhouette incongrue.

Rien d’étonnant à ce que les conquistadores n’aient jamais trouvé, ni même soupçonné l’existence de cette ville fabuleuse. Il faut être le nez dessus pour en prendre en conscience. Même au guichet, à l’ entrée du site, on n’en devine absolument rien : il faut encore contourner une colline par une sente empierrée pour qu’enfin apparaisse dans toute sa démesure la mystérieuse métropole. Mystérieuse de par sa situation -enclavée dans un cirque montagneux difficilement accessible et échappant à tous regards-. Mystérieuse, car aujourd’hui encore les archéologues continuent à échafauder les théories les plus contradictoires quant à la vocation de ce site. Forteresse ?, lieu cérémonial et de sacrifice ? Ultime refuge de l’empereur Manco Capac fuyant l’arrivée des Espagnols ?
Qu’importe, le site impressionne par sa beauté et la douceur de cette architecture « organique » avant la lettre. On imagine l’émotion de l’archéologue qui, le premier, en fit la découverte. L’histoire raconte que lorsque Bingham accéda au site, il y rencontra un couple de cultivateurs qui depuis des décennies l’occupait, et sans peut-être se douter de ce que recelaient ces ruines, continuaient à travailler sur les parcelles en terrasse conçues par leurs fabuleux ancêtres.

A cette heure encore très matinale, il n’y pas encore grand monde dans la cité. Une cinquantaine de touristes tout au plus. On peut encore se perdre dans les rues et les ruelles, les places et les temples sans entendre le brouhaha de la foule, les commentaires des guides et le cliquetis des appareils photos.

Enfin, nous gravissons un promontoire au sommet duquel nous allons rester un long moment. Sans prononcer un mot. Jusqu’à ce que la brume se lève. Jusqu’à ce que soit inondé de lumière l’Intihuatana. Le mégalithe sacré, calendrier solaire surmonté d’une pierre dont les angles indiquent les quatre points cardinaux.

Tout en bas, l’Urubamba continue sa course folle et l’on aperçoit, traversant le pont, les premiers minibus bondés de touristes. Il est temps pour nous de rebrousser chemin…et de quitter ce petit chien qui depuis notre arrivée n’a cessé de nous poursuivre !

Un peu éreintés par l’aller, nous nous offrons le minibus pour redescendre dans la vallée.
Au bout de deux kilomètres à peine, le véhicule tombe en panne.

Retour à pied (par la route, cette fois!) puis baignade dans une petite piscine alimentée par une source d’eau soufrée et merveilleusement chaude.