08 février, 2007

Carretera Austral (1)


Samedi 22 novembre 1997
Une équipée familiale et vélocipédique à travers la Patagonie chilienne


Pour cette expédition à vélo, nous avons décidé de démarrer de l’île de Chiloë, au large du port de Puerto Montt. Pour nous, il s’agira d’une sorte de camp de base. En tous cas, un lieu connu, presque familier, où nous pourrons à notre aise assembler les vélos -toujours dans leur caisse, en pièces détachées depuis notre départ de Belgique-, vérifier leur état et faire quelques essais.
Nous avons plus exactement projeté de nous rendre dans le petit village de Queilen, dans le Sud de l’île. Là, nous avions fait la connaissance, quelque années auparavant, du Père Joseph Mairlot. Un prêtre belge rencontré par le plus grand des hasards et qui fut autrefois curé de mon village natal à Stockay St Georges et aujourd’hui responsable de la paroisse de Queilen. Une personnalité que je n’avais d’ailleurs jamais rencontré à l’époque où je vivais chez mes parents.


Comme l’île de Chiloë est assez grande -pratiquement la superficie de Grand Duché de Luxembourg-, que les correspondances de bus sont inexistantes à cette heure déjà tardive et surtout que nous avons déjà avalé pas mal de kilomètres en bus –et en transbordeur- depuis Santiago, nous avons décidé de nous arrêter une nuit à Castro, la ville chef-lieu de Chiloë. Un endroit idéal , au demeurant, pour déjà s’immerger dans l’univers patagon.
Ici règne déjà un avant goût de finitude, de brumes, d’océan et de bars de pêcheurs solitaires.
Les alentours sont vallonnés et verdoyants. Il faut dire qu’il pleut plus de 300 jours par an ici. Une légende raconte aussi que c’est ici le berceau de la pomme de terre.
Enfin, bon nombre de maisons sont construites sur pilotis (les palafitos), ce qui donne un cachet certain à l’ensemble, du moins sur les cartes postales. Il ne faut pourtant pas trop rêver devant cette vision « exotique ». Les gens qui vivent dans ces bicoques ne roulent pas sur l’or. Ce serait plutôt la misère au quotidien, l’alcoolisme endémique, la violence conjugale et les petits boulots au jour le jour ou encore les salaires dérisoires octroyés dans les élevages de saumons.

Nous trouvons une petite pension dénommée « Hospedaje Mirador ». Comme le nom l’indique, la plupart des chambres offrent une belle vue sur la baie de Castro. Mais pas la nôtre…qui ne dispose d’aucune fenêtre. Tant pis, ce n’est que pour une nuit. Demain, un bus nous fera parcourir les 70 derniers kilomètres qui nous séparent de notre destination ou plutôt, de notre point de départ.





Dimanche 23 novembre (Castro)

Une journée passée à chercher un moyen de locomotion vers Queilen.

Nous apprenons qu’ il y aura vraisemblablement un bus cet après-midi vers 15 heures.
Nous réservons 3 places puis déambulons au hasard des rues du port jusqu’à l’heure dites.
Le moment venu, pendant que Marie-Hélène et Pablo m’attendent à l’extérieur de la gare routière, je hisse les bagages dans les soutes du bus. Les caisses contenant les vélos sont un peu trop volumineuses. Je m’énerve…et le chauffeur aussi. A force d’insister, j’arrive finalement à tout caser sans trop d’encombre. Le chauffeur a déjà mis le contact et fait vrombir le moteur. Il klaxonne rageusement pour signaler aux retardataires qu’il va démarrer sans plus attendre. J’appelle Marie-Hélène et Pablo. Ils ont disparu de ma vue. J’ aperçois seulement un attroupement et des gens qui crient et gesticulent dans tous les sens. Je cours et redoute quelque chose. Au milieu de la foule, Pablo est étendu par terre et Marie-Hélène est penchée vers lui. Pablo pleure. Une femme agitée m’explique que deux chiens errants l’ont attaqué sans raison. Le bas du pantalon de Pablo est transpercé. Je n’arrive pas à évaluer l’importance de la blessure tant les vêtements et la jambe sont maculés de sang. Un policier m’accoste et veut me rassurer « Une ambulance va arriver tout de suite, me dit-il ». De fait, presque instantanément, me semble-t-il, un petit véhicule, genre mobil home Vokswagen, arrive toutes sirènes hurlantes. Pendant ce temps le chauffeur de bus continue à klaxonner. Je cours vers lui et lui demande s’il est encore possible de décharger nos bagages. « Il n’en est plus question, nous sommes déjà en retard, je m’en vais, me dit-il ». Je lui demande de bien vouloir laisser nos bagages en lieu sûr lorsqu’il arrivera à Queilen. Il me fait un vague signe de tête puis démarre en trombe.
Je repars aussitôt sur les lieux de l’accident. Pablo et Marie-Hélène ont déjà pris place dans l’ambulance. Le policier, toujours rassurant, m’affirme qu’il n’y a pas grand chose à craindre : « Vous savez, depuis 1973, nous n’avons plus connu un seul cas de rage au Chili. De toutes façons, je vais faire le nécessaire pour retrouver les chiens qui ont agressé votre fils et les faire abattre »
Je grimpe dans l’ambulance qui démarre aussitôt.
Dix minutes de route plus tard et nous nous retrouvons dans le dispensaire local dont le hall d’attente est noir de monde. Je ne comprend pas, mais les ambulanciers nous font passer devant tout le monde et nous nous retrouvons, dans l’instant, face au médecin de garde.
Il examine soigneusement et calmement Pablo. Apparemment, la morsure n’est pas trop profonde. Elle nécessitera cependant quelques points de suture et surtout que l’on entame dès ce jour un traitement préventif contre la rage. Un vaccin que l’on doit injecter dans le ventre pendant une dizaine de jours apprend-t-on. « Pas de problème pour votre voyage, nous informe le médecin, c’est un produit que l’on trouve partout, ici ! »
« Heureusement que la rage a disparu depuis 73, me dis-je »
Entre-temps Pablo s’est remis de ses émotions. Il n’a plus qu’une seule inquiétude à présent : « J’espère que la police ne va pas les retrouver ces chiens, je n’aimerais vraiment pas qu’on les tue, tu sais papa ».
Nous sortons enfin de l’hôpital, tout chamboulés par cet épisode et décidons de souffler un peu. Tout doucement - Pablo marche difficilement-nous nous dirigeons vers le bord de mer et allons nous acheter une glace que nous dégusterons en regardant les bateaux.
Nous allons retrouver notre chambre de la veille au « Mirador » et réfléchir à la suite des évènements.

3 commentaires:

nuages a dit…

Toujours aussi vivant et attachant, ce récit de voyage.
Mais les photos s'affichent parfois difficilement, lentement, ou pas du tout (ça arrive sur d'autres blogs "sous Blogspot", j'ai remarqué...
Pour les chiens, au Chili ou en Argentine, j'ai remarqué qu'ils étaient très nombreux dans les rues, mais en général très calmes, endormis, en promenade, bien moins bruyants et agressifs que dans nos villages wallons, français et autres...

Bernard a dit…

Pour les photos en effet, je viens de remarquer que certaines ne s'affichaient pas ou mal. Je vais essayer de les replacer ce soir. Parfois ça suffit pour que cela refonctionne!
Concernant les meutes de chiens errants sud-américains, c'est vrai qu'ils sont en général assez calme. Sauf cette fois là!

nuages a dit…

Pour les photos, je crois qu'il s'agit d'un problème inhérent à "blogger" ou "blogspot", j'ai le même souci avec le blog sépia de Goldo (voir mes liens).