23 avril, 2008

Chili, des photos, des légendes...(10)

Les oasis nordiques (1/2) -région de Calama-

(la vallée du rio Loa, le plus long fleuve du Chili! -440 km-)
Qui dit désert dit oasis ! L’aride Nord chilien n’échappe pas à la règle. Parmi les quelques havres de verdure disséminés, notamment, le long du Rio Loa, à une cinquantaine de kilomètres de Calama, les villages de Lasana et de Chiu Chiu sont d’authentiques bénédictions pour les voyageurs accablés par trop de soleil. Aujourd’hui, ce n’était d’ailleurs pas un luxe que d’ espérer un peu de fraîcheur. En plus de la chaleur habituelle, la camionnette qui nous avait chargé ce matin à la sortie de Calama transportait des fûts d’essence. La plupart d’entre eux n’était pas fermés et à chaque virage, Marie-Hélène et moi étions copieusement arrosés de carburant.

C’est donc imprégnés d’effluves pétrolières et un peu nauséeux que nous avions débarqué à Lasana. Un minuscule hameau comprenant tout au plus une vingtaine d’habitations coincées au creux d’une gorge pittoresque où serpente le rio Loa.
Un torrent bien maîtrisé permettant aux paysans d’obtenir de belles récoltes maraîchères. C’est toujours étonnant de voir pousser en plein désert, des betteraves, des carottes, des oignons et de l’ail !
En plus de cette activité vitale pour des dizaines de familles, la proximité d’un village fortifié (un pukara) du XIIe siècle confère à l’ endroit un attrait touristique non dénué d’intérêt. D’ailleurs, tous les tours-operators régionaux ont désormais intégré à leurs circuits une visite de ce site singulier.
Tout cela pourrait augurer une vie agréable et un avenir prometteur mais c’est sans compter sur la proximité de la plus grande entreprise du Chili : la Codelco. Celle-ci possède en effet, à une trentaine de kilomètres d’ici, la plus grande mine de cuivre à ciel ouvert du monde connue sous le nom de Chuquicamata. Pour le traitement du minerais, une grande quantité d’eau est en effet nécessaire et la Codelco a recours au pompage intensif des eaux des rivières environnantes, dont celles du Loa. Autrefois d’un débit important, ce cours d’eau (qui, malgré son apparence modeste, est le plus long fleuve du Chili avec 440 kilomètres de long !) peut aujourd’hui se traverser à pied. Tout au plus risquera-t-on de se mouiller les mollets, et encore.

(La mine de Chuquicamata, la plus grande mine de cuivre à ciel ouvert du monde)

Il y a quelques jours, lors de la visite de cette mine, précisément, nous avions d’ailleurs demandé au guide de l’entreprise ce qu’il en était exactement de ces pompages intensifs et l’on nous répondit très sèchement (c’est le cas de le dire) que la Codelco en était arrivé au maximum possible de prélèvement et que les paysans n’avaient vraiment rien à craindre….

La famille qui accepté de nous héberger aujourd’hui à Lasana est quant à elle bien représentative de l’esprit amical et accueillant des gens du grand Nord chilien.
Cette famille possède une petite maison qui fait office d’épicerie mais aussi de café. L’habitation est en pierre et recouverte de boue séchée. Si l’on y prend garde, on pourrait même croire que le modeste édifice fait partie intégrante de la citadelle toute proche tant les matériaux utilisés sont similaires.

Mais la maison de Doña Loyenza est un lieu habité et chaleureux. Il y fait bon vivre. Seulement, pour s’en rendre compte, il faut prendre le temps de s’y arrêter, de parler et de fraterniser. Et ça, les touristes qui passent par ici avec les excursions organisées ne le savent pas.
-Ils s’arrêtent une dizaine de minutes, nous dit l’épicière, ils prennent deux ou trois photos de la forteresse, fument une cigarette et puis s’en vont….

La patronne de l’épicerie ne le cache pas : elle préfère les gens qui ne sont pas trop pressés. Pour ceux-là, elle délaissera un moment sa « boutique » et prendra le temps de guider elle-même les voyageurs dans ce qu’elle appelle « ses » ruines. Comme elle le fera pour nous cet après-midi. D’un ton amusé, elle fait remarquer telle fenêtre étrangement cruciforme , cette série de gravures apparaissant sur un côté peu accessible de l’édifice ou encore là-bas, un fragment de chaume qui, dit-elle, provient de la toiture d’origine de la citadelle ! Et peu importe si les renseignements ne semblent pas toujours d’une grande rigueur historique : l’enthousiasme et la gentillesse de Doña Loyenza compensent largement. D’ailleurs, de retour chez elle, comme nous nous apprêtions à préparer notre repas dans sa véranda, elle nous fit remarquer que cela n’était pas nécessaire et qu’elle nous conviait à partager le dîner en compagnie de son mari et de son neveu. Dans la petite cuisine éclairée par une lampe à paraffine, la table était dressée et les couverts attendaient déjà les invités inattendus. Au menu : un rustique potage de carottes et d’oignons suivi d’un lapin…nourri aux herbes du désert et enfin, un carton de vin blanc pour attiser les braises d’un bonheur sans ersatz.
Comme il était déjà bien tard pour monter la tente dans le jardin. C’est encore la brave Doña Loyenza qui nous proposera d’occuper une des chambres inoccupées de la maison.
-Comme cela, vous serez prêts dès l’aube pour entamer la randonnée que vous avez prévue ! (d'après Carnet de voyage de novembre 91)

(La forteresse -pukara- de Lasana (12e siècle) et la vallée du rio Loa)

3 commentaires:

Nautilus a dit…

Bonjour Bernard. Merci pour ton passage sur mon blog et pour ton gentil commentaire. (Etant originaire de la région liégeoise, je connais bien Oupeye;-) Je n'ai malheureusement pas trop de temps pour m'attarder sur le tien, mais je m'en vais de ce pas l'inclure à mes favoris, pour y revenir et parcourir tes récits chiliens ou péruviens (pays que j'ai visités aussi par le passé). Amicalement.

nuages a dit…

Quelle belle rencontre que celle de cette famille hospitalière ! Un beau récit d'humanité et de convivialité.

nuages a dit…

Quelle belle rencontre que celle de cette famille hospitalière ! Un beau récit d'humanité et de convivialité.