28 avril, 2007

Carretera austral (12)


Samedi 27 décembre 1997

Une équipée familiale et vélocipédique à travers la Patagonie chilienne

Illustration sonore avec le groupe "Quilantal (de Coyhaique) et le titre "Gaucho, flor y flor".

Balmaceda- Puerto Ibañez

Il a neigé ce matin. Les sommets environnants sont comme saupoudrés de sucre impalpable et un vent glacial balaie le village. Le soleil est pourtant de la partie. La journée devrait bien se prêter au « décollage ».
Nous quittons la famille Borquez le cœur serré. Nos adieux n’en finissent pas. Madame Borquez réprime des larmes de tristesse et nous demande une dernière fois si nous sommes sûrs de pas vouloir rester quelques jours encore, au moins jusqu’au réveillon de nouvel-an.
Nous finissons, tant bien que mal, par enfourcher nos bicyclettes et rejoignons la Carretera par un mauvais chemin d’une quinzaine de kilomètres. Un vent sauvage contrecarre le moindre de nos efforts. Plus loin, un pont cassé ( Puente Presidente) nous oblige à traverser un torrent a gué. Nos pieds sont transformés en glaçons.
A peine arrivés au croisement de la Carretera, une camionnette s’arrête à notre hauteur. Son chauffeur propose de nous charger. Comme nous ne sommes guère très vaillants ce matin, nous acceptons la proposition… bien que nous n’aurions pas dû : ce tronçon -en plus de parcourir de superbes paysages rocheux- est, dans sa plus grande partie, en pente. Nous arrivons donc très rapidement à destination dans la petite bourgade de Puerto Ibañez, sur la rive Nord du lac General Carrera. Il s’agit du deuxième plus grand lac d’Amérique latine (après le Titicaca) avec une superficie de 1850 km2 et une profondeur maximale atteignant près de 600 mètres. Une étendue d’eau d’un étonnant vert émeraude située à la fois sur le territoire argentin (où le lac est nommé Buenos Aires) et chilien.
Nous nous installons dans le petit camping de l’endroit où nous serons les seuls clients.
Petite excursion en vélo (environ 7 km par la route de Levican) jusqu’au Salto Ibañez. Une magnifique cascade que les guides locaux rangent parmi les plus belles du Chili.
Au retour, nous frôlons l’accident. Comme la piste est fort peu fréquentée, nous avons pris le risque de rouler à deux de front. Erreur. Avec le vent particulièrement violent, nous n’avons pas entendu un camion arrivant à vive allure dans notre dos. Il freine violemment pour nous éviter et fait hurler son klaxon. Nous en serons quitte pour une grosse frayeur.
Soupons dans le petit resto du camping. Accueil sympa, bon saumon et étonnant dessert composé d’un…artichaud.

Dimanche 28 décembre 1997

Puerto Ibañez

Visite de la petite bourgade, complètement déserte en ce dimanche matin.
En son centre il y a une vaste place, totalement disproportionnée par rapport au reste de la cité, et au centre de la place…un minuscule buste de l’amiral Arturo Pratt (le héros national vainqueur d’une bataille navale pendant la Guerre du Pacifique en 1879).
Le temps est redevenu incertain. Forte nébulosité, entrecoupée toutefois de quelques belles éclaircies.
En chemin, nous sommes informés qu’un bateau va appareiller cet après-midi en direction de Chile-Chico, sur la rive Sud du lac. Ce serait inespéré, car selon nos renseignements, ce transbordeur n’ aurait dû partir que dans 2 jours. Nous essayons d’en avoir la confirmation auprès des carabiniers, mais ceux-ci semblent tout ignorer de ce départ. Pourtant, un pêcheur nous confiera plus tard qu’un bateau part bien cet après-midi, mais en principe, il refusera d’embarquer des passagers en raison de son chargement un peu particulier : il y aurait à bord une importante cargaison de dynamite à destination d’une mine d’or des environs. « Essayez malgré tout de discuter avec le capitaine, nous dit-il, peut-être acceptera-t-il de vous embarquer moyennant une petite contribution ». Nous courons le risque et repartons aussitôt au camping pour démonter la tente et préparer les bagages pour cette hypothétique croisière. Sur le môle, 3 ou 4 personnes -des locaux- semblent également au courant d’une possibilité d’embarquer.
Le responsable de l’embarcation ne fera pas trop de difficultés, et contre une poignée de pesos, nous fera pénétrer illico dans les soutes du transbordeur.
A peine les amarres larguées nous tentons une incursion sur le pont supérieur, histoire d’apprécier un paysage d’une remarquable beauté.

Discrètement, nous nous asseyons juste sous les fenêtres de la cabine de pilotage.
La croisière durera 2 heures et demie.
Ce lac est une vraie mer intérieure. Il n’y manque que les marées. Encore que. Avec ce vent, le roulis et le tangage sont comparables à ceux rencontrés en pleine mer.
Arrivons en fin d’après-midi à Chile-Chico. Un gros village de plus de 3000 habitants jouissant, pour une fois, d’un micro-climat exceptionnel. Fruits et légumes y croissent avec un bonheur sans pareil, semble-t-il.
Dans un jardin public, La première personne que nous croisons est un ouvrier communal en train d’arroser abondamment les plantations! La terre a en effet l’air bien sèche, il y a visiblement longtemps qu’il n’a plus plu ici. Etonnant contrastes climatiques qu’offre décidément cette Patagonie !

2 commentaires:

Pivoine a dit…

Ce périple me ferait un peu penser à "Diarios de motocicleta". Et peut-être aussi à ce film "le rêve de Gabriel", qui racontait l'histoire d'un ingénieur belge qui s'installe en Patagonie et se "patagonise"...

Bernard a dit…

Bonjour Pivoine,

Merci pour ton commentaire.
Les deux films auxquels tu fais allusion m'ont aussi beaucoup impressionnés, notamment le Rêve de Gabriel. Un destin très émouvant. Le "Gabriel" en question a une fille qui habite toujours dans la dans la région. Je comptais précisément en parler dans un prochain billet!
A bientôt